Le blog de Mgr Claude DAGENS

LE CORPS DU CHRIST EST INSÉPARABLE DE LA CHAIR DE NOTRE HUMANITÉ. Homélie lors de la messe chrismale, à la cathédrale d'Angoulême, le mardi 31 mars 2015

1 Avril 2015 Publié dans #Homélies

LE CORPS DU CHRIST  EST INSÉPARABLE DE LA CHAIR DE NOTRE HUMANITÉ. Homélie lors de la messe chrismale, à la cathédrale d'Angoulême, le mardi 31 mars 2015

Frères et sœurs,

Ce qui nous réunit ce soir, pour cette messe chrismale, c’est une réalité que nous avons parfois du mal à reconnaître : c’est que le Corps du Christ, que nous formons et que nous servons, est inséparable de la chair de notre humanité.

Nous ne serions pas des disciples du Christ, le Verbe fait chair, et encore moins ses serviteurs, si nous nous tenions à distance de notre humanité réelle, dont nous partageons les joies et les espoirs, les souffrances et les luttes. Et le pape François sait nous faire comprendre cette exigence primordiale :

« Jésus veut que nous touchions la misère humaine, la chair souffrante des autres… » Il nous demande « d’accepter vraiment d’entrer en contact avec l’existence concrète des autres et de connaître la force de sa tendresse. » (Evangelii gaudium, n.270).

Tout à l’heure, la bénédiction des huiles saintes va manifester cette volonté de contact réel avec la chair de notre humanité, avec des corps d’hommes et de femmes, d’enfants et d’adultes appelés à recevoir la marque sensible du Christ Sauveur. Pour les futurs baptisés, les futurs confirmés, ou les futurs ordonnés, ou pour des personnes malades qui désirent être fortifiées, c’est la même action de Dieu qui passe par les sacrements de l’Église : des corps humains sont mis en relation avec cette force de vie nouvelle dont Jésus Christ est la source, à partir du mystère pascal de mort et résurrection.

C’est pour cela que l’Église n’est pas une entreprise comme les autres. Sa logique n’est pas celle des résultats, elle est celle des signes dont les résultats ne sont jamais immédiats, mais peuvent être d’une véritable efficacité. L’efficacité de l’Église, c’est sa fécondité mystérieuse et réelle : elle ne se résigne pas aux blessures, elle les soigne ; face aux obscurités et aux ténèbres, elle en appelle à la lumière du Christ ressuscité ; au milieu de ce qui est violent, elle lutte pour apaiser et réconcilier, et face à ce qui s’effondre, elle travaille pour reconstruire et relever non seulement des églises de pierre, mais des existences humaines.

Et tant pis pour ceux qui me reprocheraient d’évoquer ainsi des phénomènes invisibles. Tout cela, nous pouvons le voir ! Je l’ai vu récemment durant les visites pastorales qui viennent d’avoir lieu, dans le doyenné d’Angoulême-Est, de L’Isle-d’Espagnac à Soyaux et de Ruelle à la Vallée-de-l’Échelle, et dans le doyenné de Cognac et de Cherves-Richemont, en attendant celui de la Bonnieure.

Que peut-on voir alors ? Avant tout, des personnes qui se rencontrent, qui se reconnaissent, et qui savent très bien, chacune à sa manière, qu’elles sont là pour manifester la force et la joie de l’Évangile. Comme Jésus l’a fait le premier, à Nazareth, à ses risques et périls.

Le Royaume de Dieu parmi nous, c’est aujourd’hui, lorsque « la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres », lorsque « des cœurs brisés sont réconfortés et guéris », lorsque « des captifs en tout genre sont libérés » de ce qui les enferme.

Cette force et cette joie de l’Évangile, nous en vivons, non pas pour nous-mêmes et pour faire les fiers, mais pour que la bonté du Père, la miséricorde du Christ, la force de l’Esprit Saint viennent toucher et saisir le corps de notre humanité. Ce n’est pas une opération de survie, c’est une métamorphose.

Ce que nous comprenons alors, c’est que l’Évangile n’est pas une rêverie. C’est un engagement qui coûte. Comme pour Jésus le premier : on va le rejeter parce qu’il a expliqué que le don de Dieu n’a pas de limites, que le peuple des sauvés peut exister en tout peuple humain, même le plus « païen », eten toutes situations humaines, même les plus dégradées.

Le pape François nous appelle à une révolution de la tendresse et de la miséricorde, parce qu’en Jésus Christ, son Fils, le Père des cieux ne se résigne jamais aux limites que nous, nous voudrions lui imposer. Il vient « chercher et sauver ce qui était perdu ». Il l’annonce et il le fait. L’Église du Christ ne peut pas empêcher cet élargissement permanent de nos horizons, à partir du mystère pascal. Il s’agit d’une passion, la passion de Dieu « pour nous les hommes et pour notre salut », en Jésus Christ humilié et glorifié.

Qu’il est bon, ce soir, de nous savoir liés les uns aux autres, dans le Christ Sauveur ! Qu’il est bon de reconnaître que, parmi nous, peuple de baptisés, des hommes, prêtres, diacres et évêque, sont appelés et ordonnés au service de cette passion du Christ et que nous n’avons pas de plus grande joie dans notre ministère que d’être encouragés à vivre cette passion jusqu’au bout !

Seigneur, nous te rendons grâces pour cet appel et pour ce don ! Car, même quand nous communions à tes souffrances, nous ne perdons pas courage ! Et souvent, très souvent, nous jubilons en ta présence quand nous voyons ta puissance de résurrection se manifester en nous et au cœur de ton peuple !

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

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