Le blog de Mgr Claude DAGENS

IL NE SUFFIT PAS DE VOIR ET DE TOUCHER. Messe internationale à Lourdes, lors du Dimanche de la Miséricorde, le 11 avril 2015

13 Avril 2015 Publié dans #Homélies

IL NE SUFFIT PAS DE VOIR ET DE TOUCHER. Messe internationale à Lourdes, lors du Dimanche de la Miséricorde, le 11 avril 2015

Le Christ Jésus est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! Cette expression est vraie, mais facile, trop facile. Elle dit un événement réel et bouleversant : au matin de Pâques, le tombeau vide et l’absence du cadavre, et le soir de Pâques, l’apparition de Jésus au Cénacle est comme une première Pentecôte, avec le don de l’Esprit Saint, pour que se déploie dans le monde la miséricorde de Dieu.

Mais avec la résurrection de Jésus, nous ne sommes pas seulement devant un événement étonnant. Nous sommes appelés à y participer. On ne devient pas chrétiens sans entrer, si peu que ce soit, dans ce grand mouvement qui commence à Jérusalem et qui n’en finit pas de se diffuser dans le monde, et ici-même à Lourdes, lorsque nous exposons nos vies à la miséricorde de Dieu par le sacrement du pardon et nos corps eux-mêmes à cette force de salut, et même de guérison, qui passe par la Vierge Marie.

Il faut entrer dans ce mystère, il faut laisser la puissance du Christ ressuscité nous saisir, nous renouveler, nous transfigurer.

Et croyez-moi, cela est possible : je l’ai vu pour les détenus de la Maison d’arrêt d’Angoulême, au milieu desquels j’ai célébré la première messe de Pâques. En allumant des lumignons et en faisant le signe de croix sur leur corps, avec de l’eau, ils étaient conscients de vivre une sorte de libération.

Et pour ces deux hommes africains que j’ai baptisés durant la veillée pascale, j’atteste que le baptême était pour eux comme une renaissance. Dans leur chair et leur sang, ils recevaient une force de vie plus forte que toutes leurs blessures. Et la danse de l’un d’entre eux, autour du feu, après la messe, exprimait cette victoire sur le mal, à partir de la résurrection du Christ. Oui, notre victoire sur le monde, c’est notre foi au Christ vainqueur du mal.

Pourquoi ? Parce que le monde, dans ce qu’il a de plus brutal, croit à la victoire du mal. C’est le fatalisme qui l’emporte. Il n’y a rien à faire. Il faut se résigner ou se venger. Il reste à dénoncer des ennemis et à faire la guerre. D’un côté les bons, de l’autre les méchants, et il faut se mettre du côté des vainqueurs, à moins de consentir à la défaite.

Nous, chrétiens, nous ne sommes pas des vaincus. Nous croyons que, dans la personne et dans la Pâque de Jésus Christ, quelque chose est donné, comme le germe ou le gène d’une humanité renouvelée. Et il nous faut accepter cela comme une surprise qui bouscule nos préjugés et nos peurs. Le pape François aime dire que Dieu ne cesse pas de nous surprendre. Et cela commence avec la création du monde, parce que le monde est transparent à la beauté de Dieu, et cela continue avec la Résurrection de Jésus.

Regardez, écoutez, ce que l’Évangile de Jean nous raconte. Jésus vient : surprise ! Les apôtres se sont enfermés au Cénacle. Ils ont peur. Ils ne l’attendaient pas. Il est là, vivant, paisible et porteur de paix. Et il ne leur dit pas : « Vous m’avez abandonné ! Vous vous êtes enfuis ! Vous êtes des lâches ! » Il leur dit : « La paix soit avec vous. »

Aucun retour sur le passé, sur les événements de trahison, de reniement, de peur ! « La paix soit avec vous ! » Recevez l’Esprit Saint ! Qu’il passe par vous ! Donnez-le, pour que des êtres humains, si violents qu’ils soient ou si désespérés, se remettent à aimer et à espérer ! Cela vaut pour des personnes ! Cela peut valoir aussi pour des peuples ! Israël et les Palestiniens ! Et ailleurs, au Moyen Orient ou en Afrique ! On ne peut pas croire au Christ et pratiquer la politique du pire !

Mais revenons au Cénacle ! La résurrection passe par un corps réel, et un corps blessé, celui de Jésus, avec les plaies de la Passion. Et ce pauvre Thomas, l’incrédule, il veut voir et toucher, et Jésus accepte ce contact. Il y a un très beau tableau du Caravage qui montre la main de Thomas palpant la poitrine blessée de Jésus. Mais le toucher ne suffit pas ! Thomas n’est pas un imbécile : il devient croyant en renonçant à toucher ! Il perçoit l’invisible, la force de relèvement que Jésus, le Fils, a reçu de son Père. Il regarde et il comprend.

N’oublions pas ! Il ne suffit pas de voir et de toucher pour croire ni pour aimer. C’est malheureusement une expérience très courante. On peut être proche les uns des autres et ne pas se comprendre. On reste au fond de soi, séparé des autres. Pourquoi ? Parce qu’il manque l’amour qui ne passe pas seulement par les corps, mais par le cœur !

Et c’est le cœur qui est important ! Le cœur de Dieu, avec sa miséricorde, le cœur du Christ, avec sa puissance de pardon, le cœur de l’Esprit Saint, avec sa force de consolation. Frères et sœurs, nous sommes appelés à former une Église qui ait du cœur, où l’on sache se rencontrer, se reconnaître, se parler, se prendre dans les bras, comme le dit et le fait le pape François. Ce n’est pas seulement une affaire d’émotion. C’est une affaire de foi et d’amour, d’amour qui croit et de foi qui aime. Alors tout est renouvelé, comme au soir de Pâques ! C’est la joie de l’Évangile et de l’évangélisation ! Et c’est la raison de cette année de la miséricorde dont le pape François vient d’annoncer hier les intentions et le déroulement. À la source de la miséricorde de Dieu se tient le Christ ressuscité !

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

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