Le blog de Mgr Claude DAGENS

DES HOMMES SANS CULTURE MAIS PLEINS D'ASSURANCE. Eucharistie à la grotte de Lourdes, avec les pèlerins de Charente, le 10 avril 2015

13 Avril 2015 Publié dans #Homélies

DES HOMMES SANS CULTURE MAIS PLEINS D'ASSURANCE. Eucharistie à la grotte de Lourdes, avec les pèlerins de Charente, le 10 avril 2015

La grotte de Jérusalem, celle où l’on avait déposé le corps de Jésus, était vide, mais ce vide était un premier signe. Il ne faut pas chercher parmi les morts Celui qui est vivant.

La grotte de Lourdes n’est pas vide. Elle est ouverte et elle demeure le lieu et le signe des rencontres qui ont eu lieu ici entre la Vierge Marie et Bernadette Soubirous.

Et s’il y a un trait commun entre l’événement pascal de Jérusalem et les rencontres de Lourdes, c’est que Bernadette Soubirous était comme les apôtres Pierre et Jean : sans culture, et pourtant capable de dire avec assurance ce qu’elle avait vu et entendu.

C’est cela qui marque la nouveauté chrétienne, la nouveauté de l’Évangile du Christ, de Jérusalem à Lourdes : c’est cette disproportion entre la révélation que Dieu donne et les êtres humains appelés à la recevoir et à en témoigner.

Et cela demeure vrai pour nous tous ici rassemblés ce matin : le don de Dieu ne se mesure ni à notre nombre, ni à nos capacités humaines.

Quand Dieu vient parmi nous, quand le Christ ressuscité apparaît, quand la Vierge Marie vient appeler à la conversion en manifestant la miséricorde du Christ, il suffit de reconnaître que ces signes nous sont donnés gratuitement et qu’il faut nous réjouir d’être là pour les accueillir en nous, tels que nous sommes.

C’est la joie d’être visités par Dieu, la joie de croire que dans le Christ ressuscité, le mal et la mort sont vaincus et que nous accédons à une vie nouvelle, et que nos corps eux-mêmes, malgré nos handicaps ou nos souffrances, peuvent être ressaisis par cette puissance de vie que porte avec lui Jésus, le Ressuscité.

Et pourtant, il ne faut pas rêver. La foi chrétienne en Dieu ne cesse pas de rencontrer des résistances, à l’extérieur de nous-mêmes et aussi en nous-mêmes. Le récit des Actes des Apôtres le montre avec insistance : les autorités de Jérusalem ont peur de la prédication des apôtres. Le nom de Jésus doit être banni. Il ne faut pas prononcer ce nom dangereux qui, pour ces autorités craintives, constitue une menace.

Cela est pour nous un avertissement. Prononcer le nom de Jésus, se dire croyant en Jésus Christ, cela est compromettant. Cela se comprend lorsque les chrétiens sont persécutés. Mais pour nous, aujourd’hui, en France ? Eh bien, nous devons davantage comprendre qu’en prononçant le nom de Jésus, nous nous compromettons. Nous osons donner un nom d’homme à Celui que nous appelons Dieu. Nous osons proclamer l’humanité de Dieu et surtout, nous devenons solidaires de la première annonce de l’Évangile, de cette annonce bouleversante qu’il a été donné à l’apôtre Pierre de faire le premier : « Cet homme que vous avez crucifié, Dieu l’a ressuscité. » Il est vivant, il est possible de le rencontrer. Il est possible de participer à cette puissance inimaginable de résurrection dont il est porteur. Il est possible de passer avec Lui de ce monde au Royaume du Père. Nous sommes ses témoins, nous formons le peuple de ses témoins.

Facile à dire, mais difficile à pratiquer ! Et cela est vrai dès le début. Car il n’y a pas que les résistances extérieures. Il y a aussi le refus de croire des premiers témoins. Ce Jésus, qu’ils ont vu mourir violemment sur la croix, ils ne peuvent pas accepter qu’il vienne vers eux, et pas comme un fantôme, mais comme le signe personnel de la victoire du Dieu vivant sur toutes les puissances de mort.

Croire que notre humanité tout entière, et nos corps eux-mêmes, puissent être ressaisis en Dieu, par le Christ, que nous puissions appartenir au peuple de la résurrection, au milieu même de toutes les violences et de toutes les souffrances du monde, c’est inimaginable. Et pourtant, l’Esprit Saint nous est donné pour cela : pour briser tout ce qui nous enferme dans la mort, et pour nous laisser saisir par le Christ.

C’est cela que nous pouvons demander à Lourdes, par l’intercession de la Vierge Marie : soulagement, apaisement, consolation, mais d’abord la joie de croire, en nous laissant dépouiller de tout ce qui entrave cette joie et en nous rapprochant les uns des autres pour former le Corps du Christ : « C’est vrai ! Le Seigneur est ressuscité ! Avec lui nous entrons dans un monde renouvelé ! Nous ne sommes plus seuls ! L’Esprit Saint fait de nous le Corps vivant de Jésus Christ, pour la gloire de Dieu et le salut du monde ! »

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

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