Le blog de Mgr Claude DAGENS

CE SOIR, IL FAUT REGARDER LES MAINS DE JÉSUS. Homélie lors de la messe du Jeudi Saint, à St-Léger de Cognac, le 2 avril 2015

3 Avril 2015 Publié dans #Homélies

CE SOIR, IL FAUT REGARDER LES MAINS DE JÉSUS. Homélie lors de la messe du Jeudi Saint, à St-Léger de Cognac, le 2 avril 2015

En ce soir du Jeudi Saint, il faut regarder les mains de Jésus. Au cours de ce dernier repas, dans la salle haute du Cénacle, à Jérusalem, Jésus a pris le pain, il l’a béni et puis, avec ses mains, il l’a rompu et il l’a donné, en prononçant ces paroles étonnantes : « Mon corps livré pour vous ». Il fera de même avec la coupe qu’il tient dans ses mains et qu’il élève : il l’a bénie, il l’a fait passer en disant : « Mon sang pour vous, versé pour vous ».

« Mon corps pour vous, mon sang pour vous » : peut-être que ses amis ont à peine commencé à comprendre ce qui se passe alors, ce qui est révélé, ce qui est donné à travers ces gestes et ces paroles. En célébrant la Pâque juive, Jésus dit tout de ce qui est le secret intime de sa vie : il passe de ce monde à son Père, en livrant tout de lui, son corps et son sang d’homme, et, avec son corps et son sang, cette présence qui l’habite, cette force invisible qu’il reçoit de son Père.

Nous voici à la source du mystère et du sacrement de l’Eucharistie, l’Eucharistie comme la nourriture pour la route, le viatique, à partir du don de Dieu qui a choisi de se lier à nous en passant par le corps et le sang de son Fils, Jésus, qui va être livré et qui se livre aux hommes.

Les heures de la Passion qui vient seront violentes. Jésus sera arrêté, torturé, crucifié. Ses mains seront transpercées et clouées sur une croix. Mais ces violences, Jésus les a déjà vaincues, traversées, en se livrant lui-même avec son corps et son sang, avec ses mains qui convertissent le pain et le vin, qui en font le sacrement, le signe efficace de cette victoire sur toute la puissance du mal.

Mais, au début de ce dernier repas, Jésus a accompli avec ses mains un autre geste inattendu. Lui qui se laisse appeler Christ et Seigneur, il s’est agenouillé aux pieds de ses amis, et ces pieds sans doute sales, il les a pris dans ses mains pour les laver. Ce n’était pas de la comédie ! C’était une révélation bouleversante, qui a scandalisé Simon-Pierre et sans doute les autres. « Tu ne me laveras pas les pieds, toi, le Seigneur et le Maître ! » Et pourtant Jésus s’obstine, il passe de l’un à l’autre. En lavant leurs pieds, il dit à chacun de ces hommes qu’ils ont du prix à ses yeux, tels qu’ils sont, et que chaque corps humain, des pieds à la tête, peut être saisi par l’Amour de Dieu. Avec ses mains d’homme, le Christ, le Fils du Dieu vivant, nous associe déjà à son relèvement. Le lavement des pieds est un geste de résurrection.

Mais ce geste du Christ, il est possible de le refuser. Nous en sommes capables et le récit des Évangiles ne l’ignore pas. Parmi ces hommes que Jésus aime jusqu’à l’extrême, il y a Judas et il y a Simon-Pierre.

Judas, l’esprit de Judas : c’est l’esprit du mensonge, du double jeu, de la vie double. On se dit du côté de Dieu, mais on s’est laissé vaincre par l’Adversaire, le prince du mensonge. On est prêt à trahir.

Simon-Pierre, l’esprit de Simon-Pierre, à l’heure de l’épreuve, c’est l’esprit de la peur. « Seigneur, ne me touche pas ! On dit que tu es lointain, mais parfois, tu es trop proche ! Tu exiges trop de nous, de moi ! Ne me demande pas de renoncer à moi-même ! N’exige pas de moi ce que je ne veux pas te donner ! »

Face à Judas et à Simon-Pierre, et aux autres, voici Jésus avec ses mains désarmées qui ne vont pas repousser ceux qui viennent l’arrêter ! Il est livré et il se livre, jusqu’au bout. « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! »

Au-delà du mal qui brise et qui tue, voici Jésus qui vient nous ressaisir et nous entraîner dans sa Pâque ! De Lui, et de Lui seul, nous pouvons recevoir cette force qui n’est pas de ce monde, cette force de la miséricorde qui crée un monde nouveau, au milieu même de notre humanité si rebelle !

Seigneur, fais de nous ce peuple de pécheurs pardonnés qui osent témoigner de la victoire de ta miséricorde ! Cette victoire passe par tes mains et par nos mains humaines !

+ Claude DAGENS, évêque d'Angoulême

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