Le blog de Mgr Claude DAGENS

CE QUI GERME AU SEIN DE CE QUI DISPARAÎT. Homélie lors de la visite pastorale du doyenné de la Bonnieure, le 19 avril 2015

20 Avril 2015 Publié dans #Homélies

CE QUI GERME AU SEIN DE CE QUI DISPARAÎT. Homélie lors de la visite pastorale du doyenné de la Bonnieure, le 19 avril 2015

Je n’oublie pas cette visite pastorale que je viens d’accomplir dans ce doyenné de la Bonnieure, de Chasseneuil à Roumazières et à Saint-Claud. Une visite pastorale, ce n’est pas une tournée d’inspection. Ce sont des moments de rencontre et de révélation. Et cette révélation est bonne, pour nous tous : l’Église du Christ, ce sont des personnes qui sont là, présentes, écoutantes, aimantes, données, des prêtres et des laïcs, et ces personnes ont besoin d’être reconnues, soutenues, encouragées. Et, en même temps, ces personnes que nous sommes sont plantées dans une terre, dans une société, où ce qui manque, ce sont des raisons de vivre et d’espérer. Pour nous, chrétiens, ces raisons de vivre et d’espérer ont leur source dans la personne de Jésus Christ ressuscité.

Et c’est pourquoi je fais immédiatement la jonction entre les rencontres multiples de ces derniers jours et la rencontre des apôtres avec Jésus ressuscité.

Les apôtres se sont repliés et enfermés au Cénacle. Ils ne savent pas ce qu’ils vont devenir après la mort de Jésus. Ils sont désemparés, comme nous pouvons l’être après la mort violente de quelqu’un que nous connaissions et que nous aimions. L’avenir est bouché. On se sent démoli intérieurement, et on accuse Dieu d’être resté inerte et indifférent à notre détresse.

Et voilà que Jésus vient. Il est là. On peut toucher son corps, voir ses mains et ses pieds marqués de la trace des clous. Les apôtres ne prononcent pas le mot de « résurrection ». Ils sortent peu à peu de leurs illusions et de leurs peurs.

Leurs illusions, c’est comme pour nous, quand nous imaginons Dieu comme une puissance supérieure qui doit imposer sa domination. Or Jésus, le Christ, le Seigneur, a été vaincu. Condamné, torturé, cloué sur une croix. Mort d’une mort violente. Échec de Dieu. Échec de ce Jésus annoncé comme le Messie. Et l’apôtre Pierre insistera dans une de ses premières prédications : « Vous avez renié le Saint et le Juste, vous avez demandé la grâce d’un meurtrier ! Vous avez tué le Prince de la Vie ! »

Et pourtant, Pierre ne cherche pas à venger Jésus : il ose annoncer que le dessein de Dieu passe par ces événements dramatiques. Dieu passe même à travers nos refus de Dieu. Et le corps blessé de Jésus en est le signe : ce corps ressuscité reste un corps blessé : la Résurrection du Christ n’est pas l’abolition, mais la métamorphose de son humanité.

C’est une nouvelle dynamique qui s’inscrit à l’intérieur de notre histoire. Il n’y a pas d’un côté ce qui meurt et que l’on voit trop bien, et de l’autre ce qui naît et que l’on ne verrait pas. Il n’y a pas d’un côté la réalité d’un monde rural qui serait en train de mourir et de l’autre des rêveries sur une société nouvelle promise à des développements extraordinaires.

Il y a notre société actuelle, en état de métamorphose, avec des initiatives nouvelles qui germent au milieu des réalités qui dépérissent. Et il y a des chrétiens appelés à vivre leur foi en la Résurrection du Christ au milieu de ces métamorphoses.

Ce n’est donc pas l’heure de nous replier sur nous-mêmes. C’est l’heure de sortir de nous-mêmes, pour rencontrer d’autres personnes qui sont comme nous insatisfaites des situations actuelles, mais désireuses de ne pas subir les évolutions en cours et de mettre le souci des personnes au-dessus des logiques exclusives de la rentabilité financière et technique.

Dans le domaine économique, aussi bien pour les exploitations agricoles que pour les entreprises industrielles, on ne peut pas s’enfermer dans la résignation. Il est possible de réagir en mettant en commun des énergies de lutte et aussi de formation.

Et pour nous, membres du peuple de Dieu, il est nécessaire de comprendre que ce que nous faisons déjà avec toute notre foi et tout notre cœur, en préparant aux sacrements du baptême, de la confirmation, du mariage, en rencontrant les parents des enfants catéchisés, en visitant des malades ou des personnes âgées, tout cela est notre façon d’être des signes de la Résurrection du Christ pour d’autres.

Je vous assure que cette foi en la puissance du Christ ressuscité et de l’Esprit Saint qu’il envoie, cette foi anime ces jeunes et ces adultes à qui je vais donner le sacrement de confirmation. Cette force du Christ, cette énergie transformante de l’Esprit Saint, ils y croient.

Bastien et Luc, Marie-Laure, Pierre-François, Silvère (de Chasseneuil), et aussi Élodie, Lucie, Yannis, Ophélie, Kévin, Alice, Baptiste (de Roumazières), et vous les quatre adultes, qui êtes émerveillés par Dieu et son travail en vous : Karine, Manuel, Alexandra et Aurélie.

Je vous remercie d’être parmi nous des signes vivants de ce qu’accomplit en nous le Christ ressuscité : il nous fait passer de la mort à la vie, de la peur à la joie, et il nous donne de devenir plus libres, libres de la liberté de l’Esprit, pour témoigner que nous ne sommes plus seuls, que Dieu est vivant en nous et qu’il fait de nous le peuple de ses enfants. Cela vaut pour tous !

Peuple de baptisés, marche vers ta lumière, regarde vers Jésus, le Christ ressuscité, prie-le en silence et pratique en son nom cette fraternité qui ne nous demande pas d’être d’accord sur tout, mais d’être liés les uns aux autres, dans la Pâque du Christ, dans cette grande métamorphose qui passe par nos cœurs et nos corps !

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

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