Le blog de Mgr Claude DAGENS

SI HUMILIÉ ET SI SEUL : JÉSUS DANS SA PASSION. Messe des Rameaux en la cathédrale St-Pierre d'Angoulême, le 29 mars 2015

30 Mars 2015 Publié dans #Homélies

SI HUMILIÉ ET SI SEUL : JÉSUS DANS SA PASSION. Messe des Rameaux en la cathédrale St-Pierre d'Angoulême, le 29 mars 2015

Aujourd’hui, en ce dimanche des Rameaux, il y a deux signes qui nous parlent de Dieu avec nous, au milieu même de tout ce qui peut nous briser.

Le premier signe, ce sont ces rameaux que vous tenez dans vos mains : ces rameaux ne sont pas un rappel du printemps. À leur manière, ils nous relient à cet événement qui a eu lieu à Jérusalem il y a près de deux mille ans. Ce Jésus de Nazareth, la foule l’a acclamé comme son roi. Mais les foules sont facilement manipulées : quelques jours après, cette foule criait : « À mort, à mort, crucifie-le ! » Le roi était devenu un danger. Il fallait le mettre à mort, sur une Croix. Pilate a dû céder.

Et l’autre signe, c’est la Croix. La Croix du Christ : deux poutres entrecroisées, et sur ces poutres, le corps de cet homme qui crie son désespoir : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

La foi chrétienne en Dieu, la foi en Jésus Christ, ce n’est pas une plaisanterie. C’est notre façon de reconnaître qu’en cet homme qui est son Fils, Dieu est venu tout assumer de ce qui nous déchire, de ce qui nous fait crier à certaines heures, comme Jésus : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné à mon désespoir, à ma solitude ? »

La solitude, elle est aujourd’hui très fréquente. Et elle provoque le repliement et la peur, et parfois même la mort à petit feu. Personne près de soi pour entendre nos cris ! Personne sur qui nous appuyer quand nos chaos intérieurs deviennent les plus forts !

Face à tout cela qui nous brise, il y a une assurance fondée sur des faits, sur le témoignage des Évangiles : Jésus, le Christ, a connu tout cela. Il a fait l’expérience de ce qu’il y a de pire dans notre humanité. Et le pire, c’est sans doute la solitude. Dès qu’il a été arrêté par les soldats, tous ses amis l’abandonnèrent et prirent la fuite. Pauvres types médiocres, qu’il avait pourtant choisis ! Pauvre Judas, l’ami qui l’a livré ! Pauvre ami qui, depuis des années, sans doute, jouait un double jeu : il se disait proche, et il mentait, et au dernier soir, il embrasse celui qu’il trompait ! Pauvre Simon-Pierre, qui lui aussi ment, parce qu’il a peur : « Ce Jésus, je ne le connais pas ! » Alors qu’il a promis de lui être fidèle ! Longue chaîne de mensonges, de trahisons, de reculades face à ce pauvre Jésus humilié et vaincu.

Mais il y a un autre signe dans le récit de la Passion selon saint Marc. Ce sont comme de petites lumières au milieu des ténèbres du mal ! Il y a ces femmes qui ont compris le mystère de Jésus. Cette inconnue qui a versé du parfum sur sa tête : elle devance sa mort, elle embaume son corps, elle ne se résigne pas à ce que ce corps pourrisse, elle le rencontrera sans doute au matin de Pâques, vivant, ressuscité.

Et, au pied de la Croix, pour déposer son corps dans le sépulcre, il y a, avec Joseph d’Arimathie, ces autres femmes que l’on nomme : Marie-Madeleine, Marie, mère de José et de Jacques, et Salomé, et certainement, la mère de Jésus, Marie, qui est restée proche, sans pouvoir rien faire. Et puis, il y a ce centurion païen qui, lui aussi, s’ouvre au mystère de Dieu.

Ce crucifié n’a pas seulement tout partagé de nos souffrances. Il a été aussi le célébrant de ce dernier repas, avec ces gestes et ces paroles qui ouvrent sur l’avenir : « Mon Corps livré pour vous », et il rompt le pain, « Mon Sang versé pour vous », et il fait passer la coupe.

Corps et sang de Jésus Christ ! L’acte de sa vie livrée, et donnée, et donnée pour être reçue en nous ! En se donnant jusqu’au bout, sur la Croix, Jésus nous tend les bras. Il vient nous saisir pour que nous passions avec Lui de ce monde à son Père.

En Lui, le Crucifié, l’Amour du Père est le plus fort ! Par ses blessures, nous sommes guéris ! Voilà pourquoi le pape François, fort de sa foi au Christ, a raison de nous dire : l’urgence, c’est de « soigner les blessures », « de réchauffer les cœurs » et de « marcher dans la nuit » avec ceux et celles qui tâtonnent, avec nous tous !

Peuple de baptisés, marche vers ta lumière ! Laisse le Christ nous ouvrir son chemin vers le Père et vers tous ces enfants de Dieu dont le Père ne désespère jamais !

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

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