Le blog de Mgr Claude DAGENS

LA MISSION D'UN PRÊTRE : DURER ET FAIRE FACE AUX CHANGEMENTS. Homélie lors des obsèques du Père André Tesseron, le samedi 28 février 2015

2 Mars 2015 Publié dans #Homélies

LA MISSION D'UN PRÊTRE : DURER ET FAIRE FACE AUX CHANGEMENTS. Homélie lors des obsèques du Père André Tesseron, le samedi 28 février 2015

C’est le Père André TESSERON qui nous réunit ce matin dans cette église de Fouqueure et nous sommes là parce que nous voulons lui manifester notre reconnaissance. Nous avions des raisons de l’apprécier et je partage avec vous ces raisons : il a été un prêtre fidèle, un curé qui savait être lié aux personnes qu’il rencontrait, et qui tenait sa place aussi bien dans la commune que dans la paroisse. Et il a tenu cette place durant plus de 50 ans, sans paraître usé par l’âge. Ici, il avait ses raisons de vivre et de servir, ses amis et ses soutiens. Et même durant son séjour à Genac, il était heureux de retrouver ici ses racines. J’en suis témoin et je me souviens de notre dernière rencontre, il y a un peu plus d’un mois : aussi bien durant la messe que durant le repas, j’ai vu à quel point il était vivant et présent. Il ne radotait pas, et même quand on évoquait son séjour de prisonnier en Allemagne, de 1943 à 1945, il ne se laissait pas enfermer dans le passé.

À nous de lui être fidèles ! Car nous ne lui serions pas fidèles si nous n’étions là que pour le regretter et pour regretter le style du ministère de prêtre qu’il a exercé : ce ministère qui lui valait, comme curé de paroisse, une sorte de reconnaissance sociale, à cause de son incorporation à la vie locale, comme si l’église était toujours le centre de la commune.

Qu’elle soit le centre, tant mieux ! Mais qu’elle soit le centre comme une source vive et pour des raisons chrétiennes, c’est-à-dire à cause de la présence et de l’engagement du Christ avec nous, quand nous devenons ses témoins !

Nos communes n’ont pas les promesses de la vie éternelle et nous savons tous que le monde change, pour le meilleur, c’est-à-dire quand nos horizons sont élargis, et pour le pire, c’est-à-dire quand nous sommes tentés par le repliement.

André TESSERON n’était pas un homme replié, mais un homme de relations. Et sa relation primordiale – il faut ici le reconnaître – était sa relation au Christ vivant. Je dis bien au Christ vivant, c’est-à-dire vainqueur de la mort. Tel que l’annonçait l’apôtre Paul aux premiers chrétiens de Corinthe : « Je vous rappelle, frères et sœurs, l’Évangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu et auquel vous restez attachés : … Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures, il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures… »

Entendons bien : « ressuscité », c’est-à-dire relevé de toute mort et définitivement libre pour venir parmi nous et pour nous associer à Lui, dans le mouvement de sa Pâque ! Ce n’est pas un processus de repliement, c’est l’annonce d’une vie nouvelle, dans la force vive de la Résurrection ! André Tesseron vivait de cette force : il en vivait à Illmenau, à Thuringe, au milieu de ses camarades du Service du Travail Obligatoire (c’est pour eux qu’il avait été ordonné prêtre par Monseigneur Mégnin, au mépris des délais normaux), et il en vivait ici, avec une tranquille assurance.

Et Dieu sait qu’il a connu les changements du monde, de la IVe à la Ve République, et de Staline à Poutine, et surtout cette grande métamorphose de l’Église, suscitée par l’Esprit Saint à travers le Concile Vatican II ! Que l’Église ne cherche pas à régner sur le monde, mais qu’elle soit avant tout transparente à la lumière du Christ, à sa Vérité et à sa Miséricorde !

Je suis sûr que beaucoup d’entre vous pourraient attester comment Dieu a agi pour vous à travers le Père TESSERON ! Et il agissait à partir de l’Eucharistie : « Celui qui mange de ce pain vivra pour l’éternité et le pain que je donnerai, c’est ma chair donnée pour que le monde ait la vie ! »

Vous vous rendez compte : « pour que le monde ait la vie ! » La vie du Dieu vivant en nous ! La victoire du Christ ressuscité en nous ! La participation à sa Pâque !

Je souhaite que nous ne sortions pas de cette église comme des gens qui regrettent le passé et attendent la mort, mais comme des chrétiens qui comptent sur les promesses du Christ : « Celui qui mange ma chair a la vie éternelle ». C’est dans ce présent là que nous sommes et le Père TESSERON nous y accompagne, à sa manière.

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

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