Le blog de Mgr Claude DAGENS

LA JOIE D'ÉLARGIR NOS HORIZONS ET D'ÊTRE PLUS AMBITIEUX POUR L'ÉGLISE. Eucharistie à Dignac, lors de la visite pastorale du doyenné Angoulême-Est, le 15 mars 2015

20 Mars 2015 Publié dans #Homélies

LA JOIE D'ÉLARGIR NOS HORIZONS ET D'ÊTRE PLUS AMBITIEUX POUR L'ÉGLISE. Eucharistie à Dignac, lors de la visite pastorale du doyenné Angoulême-Est, le 15 mars 2015

Depuis vendredi soir, quelle joie de nous rencontrer, de nous écouter et de nous connaître, de l’Isle d’Espagnac à Soyaux, de Soyaux à Ruelle et de Ruelle à la Vallée de l’Échelle !

Hier soir, en revenant à l’évêché, après avoir écouté des paroles de Madeleine Delbrêl, durant notre veillée de prière, je jubilais intérieurement. Seigneur, quand nous nous rencontrons en ton nom, un phénomène étonnant se produit : nos horizons s’élargissent et nous devenons plus ambitieux pour la mission de l’Église en notre monde inquiet.

Oui, nos horizons sont élargis aux dimensions de notre humanité, et spécialement d’hommes et de femmes qui souffrent et qui luttent, alors qu’ils sortent de prison, ou qu’ils sont en attente du droit d’asile ou d’une régularisation légale ou qu’ils veulent sortir de la violence qui a marqué leur vie. Hier matin, c’est un jeune musulman, présent aux côtés des responsables musulmans de Soyaux, qui nous a parlé de Dieu et de l’humanité de Dieu, en nous disant : « Dieu n’a pas de mains, mais il passe par des mains humaines », non pas des mains qui frappent et qui détruisent, mais des mains qui accueillent et qui embrassent.

Nous, chrétiens, nous croyons à cette humanité de Dieu et nous croyons qu’elle se révèle dans la personne du Fils, comme Jésus l’explique à Nicodème : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, afin que tout être humain qui croit en lui ne soit pas perdu, mais qu’il ait la vie éternelle. »

Si jamais cette expression de « vie éternelle » nous semble usée ou vague, alors il faut écouter Madeleine Delbrêl la mettre en relief avec vigueur. Je la cite : « Si le Christ nous a donné la vie éternelle, c’est pour l’annoncer, la manifester, la célébrer comme le paroxysme de tous les bonheurs, comme notre béatitude… À des hommes qui veulent acheminer l’humanité vers un devenir anonyme, notre message est d’annoncer un devenir éternel où chacun rencontre Dieu… La conquête du monde ne nous intéresse pas. Ce qui nous intéresse, c’est qu’un Dieu aimé par nous et qui aime chaque homme le premier, chaque homme puisse, comme nous, le rencontrer. » (Ville marxiste, terre de mission, Paris, Nouvelle Cité, 2014, p.114)

Mais si tel est notre horizon, alors, c’est de notre conversion qu’il s’agit, et pas de la conversion des autres, dont nous ne sommes jamais les maîtres. Et notre conversion passe par le réajustement de notre ambition pour l’Église. Que désirons-nous pour elle ? Qu’elle fonctionne bien, qu’elle soit accueillante à ceux et celles qui demandent le baptême pour leur enfant ou le mariage pour eux-mêmes ? Oui, sans aucun doute. Mais cela ne suffit pas. Si l’Église est le Corps du Christ, alors elle est appelée à laisser passer en elle la miséricorde du Christ, cette force douce qui vient toucher les zones les plus sensibles de notre humanité, là où des personnes isolées se replient sur elles-mêmes et ne sortent plus, là où l’aggravation de la pauvreté provoque des désespérances muettes, là où la méfiance et la peur deviennent les plus fortes.

C’est un combat que nous avons alors à pratiquer. Pas un combat contre des ennemis, mais le combat même de Jésus Christ quand il vient non pas pour condamner, mais pour sauver et relever ceux qui sont tombés. Qu’il est beau de participer à ce travail de relèvement qui exige des rencontres personnelles et aussi des initiatives de solidarité. Nous nous savons alors, physiquement, liés à la chair de notre humanité commune, souffrante et espérante. Et c’est la Pâque du Christ qui s’accomplit en nous, car « Dieu est riche en miséricorde : à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts à cause de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ… Avec Lui, il nous a ressuscités ! »

La nouveauté chrétienne est forte. Elle a la force du mystère pascal. Et c’est à nous de faire place à ce mystère, aussi bien par la prière et les sacrements que par des engagements sociaux au service des humiliés de notre société.

Je vous remercie de comprendre cela, de partager cette conception positive de la vie chrétienne qui ne se limite jamais à s’opposer au Mal. Ce n’est pas l’heure de nous replier sur nous-mêmes. C’est l’heure de former ce peuple de croyants qui participent à la Passion de Dieu pour le salut des hommes, avec patience, avec amour, avec la joie d’être liés les uns aux autres dans le Corps du Christ !

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

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