Le blog de Mgr Claude DAGENS

UN HOMME, AVEC SON HISTOIRE, SA FOI ET SA SOUFFRANCE. Homélie pour les obsèques du Père Belloteau, à Barbezieux, le 11 février 2015

16 Février 2015 Publié dans #Homélies

UN HOMME, AVEC SON HISTOIRE, SA FOI ET SA SOUFFRANCE. Homélie pour les obsèques du Père Belloteau, à Barbezieux, le 11 février 2015

Que Notre-Dame de Lourdes me pardonne si je semble d’abord la délaisser ! Mais je n’oublie pas que François Belloteau aimait aller à Lourdes, jusqu’à ces dernières années, avec l’Hospitalité diocésaine. Il se laissait facilement porter de sa chambre de l’Accueil Notre-Dame jusqu’à l’esplanade et à la grotte, malade au milieu des malades, ou plutôt physiquement affaibli, mais exprimant avec son corps souffrant et encore vigoureux, son désir d’être là comme un croyant qui participait à la prière commune.

Tout être humain est porteur d’un mystère, de ce quelque chose d’indéfinissable qui le dépasse et qui fait partie de sa personnalité unique ! Et ce mystère personnel ne peut pas être défini selon des mesures de temps. Même si l’on sait bien que le compte de nos années est aussi révélateur de nos existences. Mais il est facile de condenser la vie de François Belloteau, formé au Petit Séminaire de Richemont, professeur dans ce Séminaire, aussitôt après son ordination, en 1960. Et c’était avant le Concile Vatican II que personne n’attendait alors. François Belloteau connaissait les séminaristes, les petits et les grands, et ce fut lui que Monseigneur Kérautret choisit pour diriger le Foyer des jeunes qui, en 1968, devait compenser la fermeture du Séminaire d’Angoulême.

Mais il y avait aussi Koudougou, et c’est là-bas, au Burkina Faso que François Belloteau allait exercer sa mission de formateur. Je crois qu’il y fut heureux. Des prêtres se souviennent de lui. Il a contribué à cette alliance fraternelle qui nous vaut d’accueillir maintenant plusieurs prêtres burkinabés.

À son retour en France, François Belloteau exercera le ministère de curé, dans le secteur de Brossac, puis dans celui de Mouthiers, avant de se retirer d’abord dans la communauté de Genac, puis, longuement, durant près de neuf ans, à Barbezieux. Et sa famille n’était pas loin. Barret est tout proche.

Mais en-deçà de ce parcours, il y a d’abord un homme, devenu prêtre, avec sa foi ancrée en lui depuis son enfance, et aussi avec son histoire et ses souffrances. Sans doute le souvenir de la mort brutale de sa mère, près de lui, dans sa voiture. Cette épreuve a dû mettre son espérance à l’épreuve. J’ai perçu en lui, à plusieurs reprises, comme les traces d’une lutte intérieure, comme s’il devait résister à ce qui le travaillait intérieurement. Mais cette lutte plus ou moins secrète faisait partie de sa personnalité. Il gardait en lui, même durant ses dernières années, cette force physique que l’âge n’avait pas détruite. Il n’était pas vaincu, même s’il était très affaibli. Et peut-être préférait-il rentrer en lui-même pour s’abandonner au Dieu vivant auquel il croyait :

« Je sais, moi, que mon libérateur est vivant et qu’à la fin, il se dressera sur la poussière des morts. Avec mon corps, je me tiendrai debout, et, de mes yeux de chair, je verrai Dieu… et il ne se détournera pas de moi… »

Le passage a été long et rude, mais nous ne savons pas à quel travail de Dieu François Belloteau s’est abandonné avec son corps vigoureux, son corps d’homme pécheur.

Nous te le confions, Notre-Dame de Lourdes, puisqu’il t’a toujours été fidèle et qu’il a souvent entendu cet Évangile de Cana, qui est le premier signe de l’Alliance nouvelle de Dieu avec nous, avec le vin nouveau pour la joie des noces, avec l’attention de Marie qui sait ce dont nous avons besoin, pour que notre joie demeure, au-delà de tout ce qui peut nous blesser.

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

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