Le blog de Mgr Claude DAGENS

JEAN D’ORLÉANS : UN PRINCE QUI PRIAIT LE CHRIST ET QUI AIMAIT SON PEUPLE. Homélie lors de la réinhumation des ossements de Jean et Charles d'Orléans, le 15 février 2015

16 Février 2015 Publié dans #Homélies

JEAN D’ORLÉANS : UN PRINCE QUI PRIAIT LE CHRIST ET QUI AIMAIT SON PEUPLE. Homélie lors de la réinhumation des ossements de Jean et Charles d'Orléans, le 15 février 2015

La force du Christ Sauveur est présente et agissante au milieu des souffrances des hommes et des drames de l’histoire. Tel est l’acte d’espérance auquel nous sommes appelés aujourd’hui, à partir du récit de ce lépreux guéri par Jésus, et aussi à partir des pierres de notre cathédrale, si nous les laissons parler du prince Jean d’Orléans, et de son fils Charles, le père de François Ier.

Le mal dans le monde, il déferle, il nous fascine, qu’il se manifeste au Danemark, en Ukraine ou au Moyen Orient, ou en Afrique, ou dans notre société si fragile et si dure, où l’on redoute les actes terroristes et où l’on s’habitue à ces multiples transgressions, aussi bien financières que sexuelles, qui s’étalent dans les journaux.

Mais la nouveauté chrétienne, la différence chrétienne fait face à ce mystère du mal, si puissant et si actif. Le Christ, lui, sait ce qu’il y a dans l’homme, ce mélange complexe de bonté et de violence, de beauté et de laideur. Et lui, le Christ, il ne vient pas nous foudroyer, il vient nous relever et mettre en nous sa force, non pas une force qui détruit, mais une force qui reconstruit.

C’est l’histoire de ce lépreux que l’on tient à l’écart, parce que la lèpre est considérée comme une souillure, qui oblige à rejeter ceux qui en sont atteints. « Impur, impur », doit-on crier, en réveillant chez les autres ces instincts de rejet qui taraudent notre humanité, avec ces rêves de purification qui provoquent tant de ravages destructeurs à travers l’histoire.

Qu’il est facile de réveiller et d’entretenir la haine, en se mettant du côté des innocents, des purs ! Jésus, lui, comprend la souffrance de cet exclu, il le touche et il le guérit. Ce malade a cru en Jésus : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » Mais Jésus, de son côté, a cru qu’en cet homme souffrant, le mal ne serait pas le plus fort. Mystère de résurrection, déjà !

L’histoire du prince Jean d’Orléans, comte d’Angoulême, fait appel aux mêmes réalités. Cet homme a été malmené par l’histoire : fils d’un père assassiné, sans doute sur l’ordre du roi d’Angleterre, il a été lui-même otage pendant plus de trente ans. Cet enfant exilé, ce jeune homme a attendu sa délivrance. Sans doute aura-t-il entendu parler, durant son exil, vers 1429, d’une certaine Jeanne d’Arc qui va délivrer Orléans, cette ville royale, qui va faire sacrer le jeune Dauphin Charles à Reims et qui meurt brûlée vive à Rouen en 1431. Plus de dix ans après, il rentre à Angoulême et, durant plus de vingt ans, il reconstruit sa ville qui avait été ravagée par les guerres et les occupations armées. Il fait rebâtir les églises, les châteaux, les forteresses, et surtout, il aime son peuple, il prie, il est lui-même engagé dans ce travail de relèvement qui ne concerne pas seulement des pierres et des murs.

À sa mort, en 1467, il sera enterré ici, au milieu du transept, et après lui, en 1496, son fils Charles, le père de François Ier. Et ici, devant le chœur, son tombeau sera vénéré. On parle de miracles, à tel point que l’évêque d’Angoulême du début du XVIe siècle, Antoine d’Estaing, en 1518, après le concordat, cherche à ouvrir un procès en béatification.

Aujourd’hui, nous réveillons notre mémoire. Il ne s’agit pas de canoniser Jean d’Orléans. Il s’agit de reconnaître que cet homme a cru en la force du Christ au milieu de toutes les violences et les horreurs de l’histoire. Et le sculpteur du XIXe siècle a eu raison de le représenter en priant, incliné devant le Seigneur, le « Maître des temps et de l’histoire ».

Ce qui nous réunit ce matin, ce n’est pas seulement un acte de commémoration qui nous enfermerait dans un passé que nous ignorons. C’est notre désir de comprendre ce qui rend encore parlantes, aujourd’hui, la vie et la mort du prince Jean d’Orléans, du « bon comte Jean d’Angoulême ».

Les tombeaux ont disparu. Il reste des ossements, des os et de la poussière, quelque chose de ténu, de fragile. Mais ici, dans ce haut lieu de prière, ce qui demeure, ce qui ouvre à l’avenir, c’est la Révélation du Christ qui nous promet ce Royaume, où il n’y aura plus ni guerres, ni destructions, ni génocides, ni aucune de ces violences qui sont une négation de la dignité humaine.

Nous ne prions pas Jean d’Orléans, mais, près de ces ossements, nous nous tournons vers le Christ ressuscité, en lui demandant de faire de nous les membres d’un peuple qui ne désespère ni de la paix, au milieu des affrontements armés, ni de la vérité, au milieu des mensonges du monde, ni de l’Amour de Dieu au milieu de ce qui défigure l’amour humain.

Et qu’un peu de la douceur et de la force chrétienne du prince Jean nous soit donné à chacun !

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

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