Le blog de Mgr Claude DAGENS

ENLEVEZ VOS MASQUES ET CONVERTISSEZ VOS COEURS ! Célébration des Cendres en l'église Ste-Bernadette, avec la communauté des gens du voyage, le 18 février 2015

19 Février 2015 Publié dans #Homélies

ENLEVEZ VOS MASQUES ET CONVERTISSEZ VOS COEURS ! Célébration des Cendres en l'église Ste-Bernadette, avec la communauté des gens du voyage, le 18 février 2015

Dans certaines villes du monde, le Carnaval précède le temps du Carême. Et le carnaval, ce sont des fêtes colorées et burlesques, conçues comme un grand défoulement avant cette période de privations et d’austérité que serait le Carême.

Quelle erreur ! Car le Carême, c’est d’abord une marche qui nous conduit à l’événement de Pâques ! Nous n’allons pas rétrécir notre vie, nous allons nous préparer à cette étonnante transformation de notre humanité dont l’origine est dans la Pâque de Jésus Christ ! Nous allons nous dépouiller de ce qui nous encombre pour être libres d’accueillir la force de résurrection qui nous est promise.

Nous allons apprendre à enlever nos masques, qui nous empêchent d’être nous-mêmes, pour entrer au-dedans de nous-mêmes, en convertissant nos cœurs !

Enlever nos masques, comme Jésus le demande à ces hommes pieux dont il dénonce l’hypocrisie en des termes vigoureux dont s’inspire le pape François quand il détecte ces maladies spirituelles dont seraient atteints des membres de la Curie romaine, ces courtisans qui font belle figure pour mieux impressionner les autres.

Et ne disons pas trop vite que les hypocrites, ce seraient les autres. Nous aussi, surtout si nous nous le cachons, nous avons besoin d’enlever nos masques.

Le masque de la générosité ostentatoire ! Lorsque l’on se flatte de faire du bien, de donner de ses biens, de participer à des œuvres bonnes, mais que nos cœurs demeurent durs et nos jugements implacables. Il ne s’agit pas de faire valoir nos dons. Il s’agit de nous laisser toucher du dedans par des situations de détresse, qui attendent des signes de compassion et de bonté ! L’essentiel de chacune de nos conversions est là : au lieu de penser à notre image et à notre réputation extérieure, consentir à descendre en nous-mêmes pour percevoir ce que tu attends de nous, toi, le Père présent dans le secret. Délivre-nous du culte des apparences !

Le masque de la dévotion extérieure ! Nous accomplissons les gestes de la piété, mais c’est une sorte de spectacle ! Ces gestes risquent d’être un blindage qui enserre notre conscience. Nous affichons notre foi, mais nous restons fermés à toi, Seigneur, et à ta douce pitié ! Viens briser ce qui nous empêche d’être saisis par toi ! Que notre prière jaillisse de ce qu’il y a de blessé et de véridique en nous !

Le masque de la rigueur ascétique ! Le masque de ceux qui se durcissent ! On ne touche pas aux plaisirs du monde, mais on se nourrit de pensées tristes et de jugements vengeurs ! Le Carême ne nous demande pas de nous traiter inhumainement. Il nous appelle à laisser Dieu agir en nous et, peu à peu, nous dépouiller, nous décaper, nous habituer à sa présence, et que nos visages deviennent perméables à ce travail de la grâce !

C’est comme un nouveau façonnement de notre personne, qui peut nous obliger à des renoncements, à des changements de priorités, mais jamais en nous brutalisant, toujours en faisant place au Père des miséricordes, qui est là, présent dans le secret, et prêt à laisser jaillir l’eau vive au milieu même de nos boues.

Seigneur, nous voulons avancer sur cette route de conversion que tu viens ouvrir en nous. Ce n’est pas un rite supplémentaire. C’est un moment favorable que nous voulons saisir. C’est une aventure, car nous ne savons pas à l’avance ce que tu vas nous demander. Mais nous prenons la route avec confiance, et nous le faisons, ce soir, avec nos amis les gens du voyage. Ils ont l’habitude, eux, des déplacements, et des surprises de la route. Même s’ils sont plus ou moins sédentarisés, ils sont prêts à l’imprévu. Donne-nous de les accueillir parmi nous comme des signes de ton passage à toi, de ta marche avec nous, comme des amis qui nous obligent à sortir de nos peurs ! Avec eux, donne-nous de nous reconnaître comme des voyageurs et des étrangers sur notre terre, des pèlerins de ton Royaume, de ce Royaume qui commence au-dedans de nous, quand nous regardons vers Pâques, en enlevant nos masques et en convertissant nos cœurs !

Et que le signe des cendres, inscrit sur notre front, nous incite non pas à nous détruire, mais à laisser le feu de l’Amour du Christ nous saisir et nous embraser, pour que nous participions à sa Pâque, en acceptant de renaître de Lui !

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

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