Le blog de Mgr Claude DAGENS

"C'EST POUR CELA QUE JE SUIS SORTI". Homélie lors de l'eucharistie au Sacré-Coeur d'Angoulême, avec confirmation de jeunes, le 8 février 2015

16 Février 2015 Publié dans #Homélies

"C'EST POUR CELA QUE JE SUIS SORTI". Homélie lors de l'eucharistie au Sacré-Coeur d'Angoulême, avec confirmation de jeunes, le 8 février 2015

« C’est pour cela que je suis sorti », déclare Jésus à ses disciples qui voudraient le ramener à Capharnaüm et surtout le garder avec eux. Et Jésus affirme alors qu’il veut aller ailleurs, dans les villages voisins. Il manifeste ainsi sa liberté, son refus d’être enfermé dans un petit groupe et sa volonté d’accomplir la volonté de son Père. Il est venu pour tous, pour « chercher et sauver ce qui était perdu ».

C’est ainsi que commence l’évangélisation du monde. Elle commence en Galilée, avec Jésus que rien ne peut empêcher d’annoncer la bonne nouvelle : Dieu, le Dieu qui s’est révélé à Abraham et à Moïse, le Dieu du peuple juif, n’est pas un Dieu qui se laisse enfermer. Il veut se révéler à tous les peuples. Et cette révélation de Dieu, elle se manifeste à travers la personne de Jésus, dans ce mouvement de sortie que lui-même, le Fils, cherche à faire comprendre à ses premiers disciples. Comprenons bien : il est sorti du Père pour venir en ce monde, pas seulement pour nous rendre visite mais pour nous rencontrer, pour entrer en relations avec nous et pour que, nous, par Lui, nous entrions en relations avec le Père, par l’Esprit Saint qui nous incite et nous apprend à le rencontrer.

La foi chrétienne, la vie chrétienne, ce n’est pas une petite affaire. C’est une histoire de relations sans limites, puisque la source de ces relations est dans le cœur de Jésus et qu’à partir de cette source, nous sommes appelés à entrer dans un grand courant de vie, de vie nouvelle, de vie fraternelle, de vie amoureuse, c’est-à-dire vécue dans la force d’Amour que nous recevons du Père, et cette force personnelle, c’est l’Esprit Saint que ces jeunes vont recevoir par le sacrement de confirmation.

Devant cette proposition de Dieu, on a le droit d’hésiter, de ne pas se sentir prêt ou prête et de remettre à plus tard. On en a le droit. Ces jeunes en ont le droit. Mais ils ont choisi, et même si vous, les parents, vous les y avez encouragés, croyez bien qu’eux, ils ont réfléchi personnellement et, maintenant, ils s’engagent librement. J’en suis témoin.

Antoine, Maxime, Hugues, Clara, Lucie, Maria, Mathilde, Christine, Colombe, Savinien, Paul, Ludyvine, Eugénie, Benoît.

Je vous remercie de nous encourager tous, par votre engagement, à réveiller en nous les dons de Dieu que nous avons reçus et à comprendre que vivre en chrétiens dans le monde actuel, dans une société qui n’est plus chrétienne, ne peut pas être facile, mais que justement, la conscience de ces difficultés réelles nous encourage tous à pratiquer notre foi d’une façon plus profonde, plus décidée et plus solidaire.

Quand je dis plus profonde, je veux dire que nous ne pouvons plus nous contenter des apparences ou du respect des traditions. Pour croire en Jésus Christ, il nous faut aller à la source et la source est dans la prière, la prière simple, quotidienne, par laquelle nous nous ouvrons à la présence de Dieu, avec la liberté de tout lui confier. Tout, y compris le pire : c’est-à-dire nos doutes, nos peurs et même nos révoltes devant la réalité du mal. Comme ce païen nommé Job qui crie vers Dieu son désarroi devant sa vie brisée qui lui semble être une corvée désespérante. Oui, prier, c’est aussi crier vers Dieu en lui disant nos désarrois, surtout quand la mort vient frapper brutalement. Pourquoi Seigneur ? Pourquoi ?

Alors nous ne sommes pas plus malins que les autres, et nous ne fuyons pas vers Dieu. Nous lui livrons tout de nos expériences humaines, parce que Lui, en son Fils, Jésus, a osé tout prendre sur lui de notre condition humaine.

Et si la source est dans la prière vécue comme un dialogue et un combat, alors la vie chrétienne devient un mouvement, ou plutôt un phénomène de croissance, tout le contraire d’un bloc de vérités à croire. Si Dieu le premier sort de lui-même pour venir à nous, alors nous aussi, nous apprenons à sortir de nous-mêmes, non pas pour le plaisir de nous extérioriser, mais pour tenir notre place de croyants au milieu des autres, de ceux qui croient et de ceux qui sont indifférents, ou vaguement curieux des choses spirituelles, ou devenus incroyants parce qu’ils ont été blessés par le mal.

Les temps actuels sont incertains, aussi bien dans le domaine économique et financier que dans celui de la politique internationale. Raison de plus pour chercher des raisons de vivre et de dire notre foi catholique reçue des apôtres, de ces hommes nommés Jacques et Jean, André et Simon, qui ont appris eux aussi à sortir d’eux-mêmes, à quitter Capharnaüm, et à marcher à la suite de Jésus, en comprenant peu à peu que commençait pour eux une aventure sans limites.

Frères et sœurs, ce n’est pas l’heure de nous replier sur nous-mêmes. C’est l’heure de répondre au premier appel de Jésus : « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile », car le Dieu vivant s’approche de nous, en son Fils, Jésus, et il nous demande de devenir ses témoins. Il veut passer par nous pour se révéler au monde. Voilà ce qu’est l’évangélisation ! À nous d’y prendre notre place !

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

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