Le blog de Mgr Claude DAGENS

UNE ANNÉE NOUVELLE : LE PRÉVISIBLE ET l'IMPRÉVISIBLE. Échange des voeux à la Maison diocésaine, le 10 janvier 2015

12 Janvier 2015 Publié dans #Interventions diverses

UNE ANNÉE NOUVELLE : LE PRÉVISIBLE ET l'IMPRÉVISIBLE. Échange des voeux à la Maison diocésaine, le 10 janvier 2015

C’est une joie toujours nouvelle de se rassembler et de donner à ce rassemblement de début d’année la valeur d’un engagement : en avant pour ces mois à venir !

Mais nous savons que cette formule est facile, car, comme disaient les stoïciens, dans nos existences humaines, il y a ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous.

Précisons : ce qui dépend de nous, c’est de pratiquer la confiance et l’amitié, et aussi l’espérance, et tout simplement de poursuivre la route déjà ouverte devant nous, la route où nous voulons conjuguer le spirituel et le social, la prière et la fraternité, l’initiation chrétienne et le souci du bien commun. Avec une grande attention à la conjonction des deux que nous pratiquons déjà : car notre Pôle foi et formation chrétienne, à travers l’exploration de la Parole de Dieu et la connaissance des grandes données du Concile Vatican II et de la Doctrine sociale de l’Église, est inséparable du Pôle solidarité, et de notre travail pour soutenir les personnes en difficulté, les paysans en état d’appauvrissement, les chefs d’entreprise affrontés à la crise économique et bien d’autres situations d’incertitude.

Tout cela, c’est ce que nous voulons déjà, et que nous faisons déjà. Mais cette année nouvelle commence sous le signe de l’imprévu et de l’imprévisible : qu’allons-nous devenir ? Que va devenir notre société si elle doit faire face à des poussées terroristes, à des violences difficiles à maîtriser ? Ne lisez pas les prophètes de malheur tels que Michel Houellebecq selon lequel nous serions déjà en guerre, en guerre contre le terrorisme d’inspiration islamiste et même contre un islam qui serait inévitablement porté au fanatisme !

Il me semble réaliste de ne pas participer à ces peurs, mais surtout d’accepter que ces défis que nous avons à relever ne soient pas seulement d’ordre financier et économique, mais aussi d’ordre culturel et spirituel et que, dans ce domaine, il n’y a pas, à première vue, de plan d’action déjà prévu. Nous serions donc condamnés à affronter des événements violents, des explosions, des actes de guerre, des destructions et des assassinats.

Eh bien, je voudrais tenir ici un discours non conformiste pour faire valoir des réalités cachées que je ne cesse pas de découvrir et d’admirer parmi nous en Charente. Permettez-moi, en guise de vœux, de déployer cette trame des vivants mystères qui sont parmi nous !

D’abord, la beauté du ciel, quand il est bleu et que le soleil se couche. Je le vois depuis le jardin de notre maison diocésaine. Le soir, vers 18 h ou 19 h, quand passent des avions qui vont vers l’Espagne ou vers le Maroc, ou vers Dakar, ou Bamako, ou Ouagadougou, avec des escales ailleurs, quelle joie de sentir que notre terre est ouverte au grand large, et même à la Chine, à travers le cognac, en espérant que l’on ne pratique pas trop de contrefaçons chez nous !

Et puis, dressées sur notre terre, nos églises romanes, qui ne sont pas seulement des monuments historiques, mais des maisons de Dieu ouvertes à tous, et je l’ai vérifié récemment à Lichères, à Cellefrouin et à La Rochette, et j’en passe, et je pourrais citer bien d’autres lieux, comme Ruffec, ou Luxé, ou Villejésus, ou Montmoreau, ou même Rouillac, ou Reignac…

Que vive Dieu dans ces églises et que vivent nos rencontres avec Lui et entre nous dans ces lieux ouverts à l’invisible ! Et merci à ceux et à celles qui les rendent ouverts et vivants, et accueillants, avec l’aide de la commission qu’anime David Richard !

Et puis merci à ceux et celles d’entre vous qui tissent inlassablement le tissu ecclésial, avec des fils de multiples couleurs, les couleurs de nos yeux et de nos peaux plus ou moins tannées par le travail ou par le soleil, et aussi les couleurs de nos EAP (Équipes d’animation pastorale) qui se renouvellent peu à peu, si nous le voulons bien !

Et le plus beau, ce sont aussi ces personnes – et il y en a parmi nous – qui ne sont pas rangées dans nos casiers pastoraux, mais qui font vivre le Corps du Christ en laissant passer en elles la sève de la foi et de la charité chrétiennes !

Je suis heureux d’apercevoir dans nos communautés ordinaires et nos paroisses ces hommes et ces femmes « sans grades », mais dont la présence est si précieuse pour que le tissu de l’Église ne se déchire pas. Merci d’être là, de repriser, de ravauder, de tisser la toile du Christ !

Et parmi vous, merci aux personnes qui vivent la vie consacrée, de bien des façons, avec bien des styles, contemplatif, apostolique, ou simplement consacrées dans le monde et que cette année soit une occasion de vous reconnaître, vous, les femmes marquées du signe de la charité du Christ à longueur de vie, de travail et de présence, et vous aussi les hommes de la vie religieuse, qui tenez une place si réelle dans la mission commune, l’animation du Corps du Christ, de Segonzac à Montbron, et à Cherves-Richemont, en passant par Bassac !

Et honneur et gloire aux commençants, à ces trois hommes jeunes qui ont franchi un seuil dans leur existence en allant se former au séminaire de Bordeaux : Maxime, Alexis et Ivan, merci à vous de nous rappeler de façon concrète que ce que nous demandons au Seigneur, il nous le donne et que nous avons à vous connaître et à vous accueillir tels que vous êtes pour que vous soyez peu à peu greffés sur la vigne du Christ, qui est en Charente ! En rendant grâces aussi pour la belle fraternité qui existe dans notre presbyterium, où l’on ne sent plus les blessures provoquées par la crise des années 70, alors que, dans d’autres diocèses, comme celui de Saint-Étienne avec lequel j’étais ces jours-ci, on ressent encore les effets de ces moments de rupture ! Chez nous, grâce à chacun de nous et grâce à notre conseil presbytéral actuel, on ne ressent pas le poids du passé et on se met résolument sous le signe de ce qui commence, du baptême et de la joie d’évangéliser, comme au Conseil pastoral diocésain, grâce, aussi, à son bureau !

Et puis, et enfin, à la suite du Synode d’octobre 2014 et en attendant le suivant, que vivent parmi nous les familles, telles qu’elles sont, parfois très heureuses et parfois très éprouvées, parfois très solides et parfois très ébranlées par des crises plus ou moins imprévues ! Et que l’on comprenne bien que le travail engagé par le pape François est fait pour qu’aucune personne ne soit exclue de cette participation à l’Amour de Dieu à travers l’amour humain et ses épreuves ! Que toute personne puisse faire l’expérience de Dieu et de son Alliance à travers les aléas de nos vies !

Et qu’il nous soit donné à tous de participer à cette belle mission à laquelle nous appelle le pape François quand il nous demande avant tout de « soigner les blessures » et de « réchauffer les cœurs », et, s’il le faut, de marcher dans la nuit avec ceux et celles qui tâtonnent ou qui ont du mal à espérer.

Je ne sais pas encore quelle sera la réponse que me fera le pape François lorsque je lui rappellerai, dans quelques jours, que j’aurai 75 ans le 20 mai de cette année 2015, tout en lui précisant que je me sens rajeunir depuis quelques mois et que je suis très attaché à la terre charentaise et que, lorsque l’heure viendra de la quitter, de vous quitter, j’aurai beaucoup de peine, parce que j’ai trouvé ici comme des liens familiaux qui me rendent très heureux, et j’ai d’autant plus de raisons de vous dire « Merci et bonne année ! », en vous invitant à la conférence que je donnerai ici-même, dans notre salle synodale, le LUNDI 26 JANVIER, à 20h30, sur le thème : « 22 MOIS APRÈS SON ÉLECTION, OÙ NOUS CONDUIT LE PAPE FRANÇOIS ? »

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