Le blog de Mgr Claude DAGENS

LE CORPS DE LA VIERGE MARIE ET NOS CORPS HUMAINS CRÉÉS POUR LA VIE. Fête de l'Immaculée Conception, à Notre-Dame d'Obezine, le 8 décembre 2014

9 Décembre 2014 Publié dans #Homélies

LE CORPS DE LA VIERGE MARIE  ET NOS CORPS HUMAINS CRÉÉS POUR LA VIE. Fête de l'Immaculée Conception, à Notre-Dame d'Obezine, le 8 décembre 2014

Il faut toujours faire attention avec la Vierge Marie, la mère de Jésus. Il faut la respecter vraiment. Il ne faut pas la considérer comme la forme féminine de la divinité. Elle est une créature humaine : elle est une jeune fille de Nazareth, une jeune juive qui croit aux promesses du Dieu d’Israël. Elle prie, elle espère, elle attend ce qui est annoncé par les prophètes : que Dieu lui-même vienne pour libérer son peuple.

Et voici Marie de Nazareth confrontée à la visite et à l’annonce du messager de Dieu, de l’ange Gabriel. Cet événement fait partie de l’histoire invisible. Il n’a pas la forme d’un conte merveilleux, mais d’un dialogue où l’on discerne une sorte de progression.

Il y a d’abord la présence inattendue, discrète et rayonnante de l’ange, avec le message dont il est porteur : « Je te salue, comblée de grâce », en grec « kekaritomêné », c’est-à-dire saisie par la grâce de Dieu, saisie dans son action de salut. Saisie dans son humanité de femme, dans son corps de femme.

Car ce que l’ange annonce, c’est un enfantement, une conception, une grossesse. Et Marie réagit d’abord par l’étonnement, elle ose même questionner : « Comment cela se fera-t-il ? Je suis vierge. Comment va s’accomplir cette conception, cet enfantement ? » Et l’ange répond non pas par une révélation ésotérique, mais par l’appel à un acte de foi : « L’Esprit Saint viendra sur toi. » Et c’est comme si devait s’accomplir en elle une nouvelle origine du monde, par la naissance de cet enfant nommé Jésus, pareil à tous les enfants du monde, fragile et vivant.

Mais il ne faut pas nous tromper, ce que nous célébrons ce soir, ce n’est pas cette conception de Jésus, c’est la conception de Marie, sa mère : elle a été préparée par Dieu pour cette vocation unique, elle portera dans son ventre de femme cet enfant qui est né de Dieu, qui est intimement lié à Lui, son Père, depuis toujours.

Et Marie comprend ou devine, ou plutôt consent à ce phénomène étonnant, elle adhère à l’appel de Dieu, elle communie à la volonté du Père qui désire ressaisir le monde à travers l’humanité de son Fils, Jésus. Sa conception immaculée, ce n’est pas seulement un phénomène corporel qui passe par l’amour et l’alliance de ses parents, Anne et Joachim. C’est l’entrée dans la vie de Dieu, quand il vient habiter à l’intérieur de notre humanité. Marie comprendra peu à peu ce qui lui est donné. La voilà devenue, comme le dit Bernanos, plus jeune que l’ancien monde marqué par le péché. La voilà placée à un nouveau commencement du monde, qui nous échappe, et auquel, pourtant, nous participons.

Mais le plus beau, dans cette action du Dieu vivant en notre humanité, en Jésus Christ, son Fils et le fils de la Vierge Marie, c’est que nos corps humains sont associés à cette action, à ce travail de la grâce de Dieu.

Tous nos contacts avec le monde et avec les autres humains passent par nos corps, depuis le moment de notre conception jusqu’à la fin de notre vie. Et l’on voudrait que les chrétiens se désintéressent des problèmes nouveaux que posent les techniques médicales quand elles s’occupent de la procréation et de la fin de vie ! Ce n’est pas possible ! Non pas parce que nous serions plus malins que les médecins et les biologistes, mais parce que nous croyons à la dignité de nos corps et que nous voulons défendre cette dignité humaine de nos corps, aussi bien pour le commencement que pour la fin de notre vie.

Et nous ne nous contentons pas de défendre la biologie et la loi naturelle face à ceux qui donnent plus d’importance aux techniques et aux lois ! Nous voulons simplement faire comprendre que notre dignité d’hommes et de femmes passe par nos corps inséparables de nos cœurs et de nos esprits. Nous militons pour l’unité organique de toute personne humaine, à commencer par les plus fragiles.

Et nous ne pouvons pas nous contenter de techniques médicales. Nous voulons faire place aux questions profondes d’humanité commune, celles que posent des enfants quand ils cherchent à savoir comment ils sont nés et comment ils ont été conçus, comme cette petite fille qui disait à un prêtre, en se confessant (elle avait 8 ou 9 ans) : « Je voudrais savoir si mes parents s’aimaient quand ils m’ont conçue. »

Et quant à la fin de la vie, nous voulons, comme bien d’autres qui ne partagent pas notre foi, qu’elle soit digne, qu’elle soit assumée, qu’elle ne soit pas alourdie par des souffrances insupportables, mais qu’elle soit entourée de présences humaines, d’attention et d’affection, comme on le voit aussi en milieu hospitalier, avec des soins palliatifs et aussi sans soins palliatifs, mais avec des soignants et des soignantes qui veillent et qui font attention à chacun !

Que la Vierge Marie, l’Immaculée Conception, me pardonne si j’ai semblé la délaisser ! Mais non, je sais qu’elle est toujours celle qui témoigne, à toute heure de notre vie, et aussi à l’heure de notre mort, de la bénédiction de Dieu, plus forte que tout, plus forte que le péché originel qui nous sépare de Dieu et aussi les uns des autres ! Mais que « soit béni le Père de notre Seigneur Jésus Christ qui nous a choisis, dès avant la création du monde pour que nous soyons, dans l’amour, saints et irréprochables sous son regard. » (Éphésiens 1,1). Pécheurs, comme Adam et Ève, mais promis à la vie avec Dieu, comme toi, Vierge Marie, dans le Christ devenu par toi notre frère !

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

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