Le blog de Mgr Claude DAGENS

"LE PRIX EXORBITANT DE LA BEAUTÉ". "Maestro" avec Michaël Lonsdale. Fiche "Observatoire Foi et Culture" 2014, n.20

12 Septembre 2014 Publié dans #Observatoire Foi et Culture

"LE PRIX EXORBITANT DE LA BEAUTÉ". "Maestro" avec Michaël Lonsdale. Fiche "Observatoire Foi et Culture" 2014, n.20

C’est une sorte de farandole légère qui se déroule dans le val de Creuse, avec une séquence finale tournée à Venise. Un metteur en scène âgé et plein de finesse (Michael Lonsdale) veut réaliser un film inspiré par le grand roman amoureux composé au début du XVIIe siècle par l’écrivain Honoré d’Urfé : l’Astrée. Il a choisi de jeunes acteurs inexpérimentés, mais heureux d’être réunis dans la campagne pour vivre ces heures de divertissements sous sa conduite.

Henri fait partie de ces cinq jeunes acteurs : il ne connaît presque rien à la littérature française, il articule mal et il n’a figuré jusque-là que dans quelques films publicitaires. Mais il se prend au jeu et le vieux metteur en scène est un maître (Maestro) qui a l’art de guider, sans rien lui imposer, en lui laissant la joie de s’éveiller à l’amour avec sa partenaire, aussi maladroite et gentille que lui.

Ce film sans prétention est néanmoins rempli d’une sorte de bienveillance amusée à l’égard de ces jeunes « intermittents du spectacle » qui, sans le savoir, échappent peu à peu aux futilités dont ils avaient l’habitude. Les textes qu’ils ont à lire, dans la crypte d’une abbatiale romane, les règles qui commandent la mise en scène, avec les maquillages et les coiffures, et l’ajustement des vêtements, créent entre eux des connivences inattendues. Et la légèreté ambiante s’accompagne d’une sorte de gravité, surtout si l’on rappelle que ce film est la réalisation d’un projet conçu il y a plusieurs années par Éric Rohmer, avant sa mort.

Je ne sais comment Michaël Lonsdale a été associé à ce projet. Mais il y fait merveille. C’est lui qui est sans doute le plus libre pour garder ses distances à l’égard de ce qu’il pourrait y avoir de vulgaire et de répétitif dans ces jeux de l’amour galant et champêtre. Il porte sur chacun de ces jeunes acteurs un regard attentif, fait d’un mélange d’humour et de confiance. Au moment favorable, il saura dire à Henri cette parole décisive : « Je t’ai choisi parce que je te fais confiance. » Et, lors de la conférence de presse où le film, à la fin, est présenté pour le festival de Venise, Henri lui dira sa reconnaissance : « Je sais désormais le prix exorbitant de la beauté. »

Ce film reste léger, mais léger comme la grâce. Il tranche avec tant d’histoires amoureuses où c’est la violence des désirs qui l’emporte, et la peur d’aimer. Il faut croire sans doute que des metteurs en scène, pareils à Cédric Rovère, savent aussi le prix de la beauté et la légèreté de la grâce. Et la beauté est alors comme la révélation et l’épanouissement des dons cachés qu’un être humain porte en lui. C’est la confiance d’autrui qui suscite cette révélation. Tel est le miracle de la grâce.

+ Mgr Claude DAGENS, évêque d'Angoulême

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