Le blog de Mgr Claude DAGENS

LA VIE ÉTERNELLE DE DIEU À L'INTÉRIEUR DE NOTRE HUMANITÉ. Homélie lors de l'ordination au diaconat de Laurent Grandpierre, le 14 septembre 2014

15 Septembre 2014 Publié dans #Homélies

Tout à l’heure, Laurent, je vais vous imposer les mains, en silence, et vous serez ainsi ordonné diacre, vous deviendrez serviteur du Christ Jésus et de son Corps vivant.

Sans le Christ, sans le mystère de la Croix, de sa Croix glorieuse que nous célébrons aujourd’hui, on ne peut pas comprendre cet acte sacramentel que je vais accomplir pour vous. Puisque tout, dans les sacrements de l’Église, découle de cette source unique : Dieu parmi nous, Dieu avec nous, à travers l’humanité de son Fils, Jésus, qui vient non pas détruire, mais assumer notre condition humaine.

« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, afin que tout être humain qui croit en Lui ne soit pas perdu, mais qu’il ait la vie éternelle. » (Jean 3,15) Tout est dit dans ces paroles que peut-être nous entendons trop facilement. Car ce sont des paroles inattendues qui ne vont pas du tout dans le sens de ce que, spontanément, nous imaginons de Dieu quand nous imaginons son action dans le monde.

Celui que nous appelons Dieu, le Père des cieux, ne nous domine pas. Il ne s’impose pas, et quand il est refusé, il ne vient pas riposter et se venger. Il donne des signes de salut, comme au désert, avec le serpent de bronze. « Regardez vers lui et vous serez guéris ! » Et maintenant, et pour toujours, « Regardez vers Jésus, le Serviteur, le Crucifié, Celui qui ne vient pas juger et condamner, mais sauver, en prenant tout sur lui de notre humanité, en se donnant lui-même et en donnant la vie éternelle, inépuisable, dont il est la source. »

Si Celui que nous appelons Dieu est ainsi, s’il s’abaisse comme un serviteur pour se lier à notre humanité violente, alors, nous ne pouvons pas être chrétiens sans entrer, si peu que ce soit, dans la même démarche, en acceptant de vivre de Dieu à l’intérieur de notre condition humaine, telle qu’elle est. Et comme l’écrivait et le disait Madeleine Delbrêl, « nous ne venons pas comme des justes parmi des pécheurs, comme des gens qui ont conquis des diplômes parmi des gens incultes, nous venons… comme des pardonnés, non comme des innocents, comme des gens qui ont eu la chance d’être appelés à croire, à recevoir la foi, mais à la recevoir comme un bien qui n’est pas à nous, qui est déposé en nous pour le monde. » (Nous autres, gens des rues, 1966, p.271)

Au risque de vous étonner, Laurent, je vous demande de devenir d’abord chrétien en devenant diacre. Laissez le Christ Jésus passer par toute votre humanité, votre humanité d’époux et de père de famille, votre humanité d’exploitant agricole, votre humanité de ministre du Christ, appelé à manifester par toute votre vie la forte et douce charité du Christ.

Lui, le Christ crucifié, il ne triomphe pas de ses ennemis. Il n’appelle pas à son secours une légion d’anges. Il ne se venge pas, il se donne, avec ses bras étendus, avec son cœur ouvert, avec son corps livré, avec son sang versé, avec sa vie qu’il ne cesse pas de nous communiquer.

Vous serez, Laurent, au service ordinaire et extraordinaire de la communication de cette vie éternelle qui vient de l’humanité du Christ et qui vient irriguer tout de notre humanité. Tout : ce qui est pour nous facile et heureux, mais aussi ces terrains mouvants de notre existence, ces moments rudes où il faut tenir bon malgré les obstacles, où il faut apprendre à pardonner, à espérer, parfois contre toute espérance.

La charité du Christ ! Elle est glorieuse, parce qu’elle rayonne à partir de sa Résurrection, mais elle est aussi onéreuse, parce qu’elle passe par son combat pour bousculer tout ce qui s’y oppose.

Laurent, préparez-vous à ce combat permanent, jamais contre les autres, mais toujours à partir du Christ qui se donne ! Et que les gestes sacramentels que vous accomplirez comme diacre, en baptisant, en célébrant des mariages, en accompagnant des personnes affrontées à la mort, en vous tenant près du prêtre dans l’acte de l’Eucharistie, sans oublier tous les gestes ordinaires de la vie familiale et de la vie professionnelle, que tout soit aussi transparent que possible à la charité du Christ !

J’ai confiance. Je suis sûr que votre ordination marque pour vous comme un nouveau départ. Vous voilà à côté de Marie-Antoinette, votre épouse, à côté de vos enfants et des membres de votre famille, et à côté de vos amis, vous voilà appelé à vivre du Christ pour être un signe vivant, sensible, actif de sa présence et de sa charité.

Faites grandir la charité du Christ parmi nous ! Apprenez avec nous à vous situer sur le terrain de notre humanité commune, non pas pour la juger, mais pour la sauver, en l’aimant ! Et que, sur ce terrain-là, il nous soit donné à tous de participer à une renaissance de l’Église, une renaissance chrétienne, sous le signe de l’Amour de Dieu vainqueur de tout mal et de toute mort !

+ Claude DAGENS, évêque d'Angoulême

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