Le blog de Mgr Claude DAGENS

ENSEIGNEMENT PRIVÉ OU ENSEIGNEMENT CATHOLIQUE ? Homélie lors de la rentrée de l'enseignement catholique, à la cathédrale, le 16 septembre 2014

17 Septembre 2014 Publié dans #Homélies

C’est une joie d’être rassemblés en cette fin d’après-midi dans notre cathédrale Saint-Pierre d’Angoulême, pour marquer cette rentrée de septembre 2014 et pour participer à l’Eucharistie. Vous venez de toute la Charente, non seulement d’Angoulême, mais aussi de Chalais, de La Rochefoucauld, de Ruffec, de Cognac, de La Couronne, de Barbezieux, de Segonzac et j’en passe. Merci d’avoir répondu à l’appel et merci de comprendre avec moi l’importance des paroles de Jésus que nous venons d’entendre !

« Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde. » Et le sel est fait pour saler, pour donner du goût. Si nous nous disons chrétiens, nous ne pouvons pas rester fades, sans goût, sans saveur. Jésus ne nous demande pas de nous parfumer artificiellement, mais de donner de la saveur à la vie, à notre vie et à celle des autres. Vous avez sans doute entendu parler de François d’Assise : il était d’une famille riche, mais la richesse familiale l’encombrait. Il est entré en dialogue avec Jésus et ce fut pour lui une joie immense, la joie d’enchanter le monde en lui donnant le goût de l’Évangile et l’Évangile a toujours un goût de fraîcheur, de joie, de liberté. Comme nous le dit le pape François…

Quand je donne à certains d’entre vous, les jeunes et parfois les adultes, le sacrement de confirmation, je suis sûr de vous communiquer cette joie et cet élan qui viennent du Christ, par l’Esprit Saint, l’Avocat et le Consolateur. Je sais bien que parfois, il est difficile de rire et même de sourire, parce que nous avons des raisons d’être tristes. Quand quelqu’un que nous aimons est malade, quand nous sommes témoins de disputes à l’intérieur de nos familles, ou quand les résultats scolaires sont insatisfaisants, alors il est normal que la joie ne soit pas facile. Mais l’appel de Jésus demeure ! « Ne vous résignez pas à la tristesse ! Désirez la joie que Dieu donne et qu’elle soit communicative ! »

Facile à dire, je le sais aussi, et je sais que, même dans des établissements de l’enseignement catholique, il n’est pas toujours facile de se dire chrétiens, de dire que l’on a pris un engagement en recevant le sacrement de confirmation ou en allant à l’aumônerie. Vous savez bien que s’affirmer clairement catholique, c’est parfois risqué. Parce que l’on peut se heurter à des réactions d’incompréhension, ou de moquerie. Mais je crois qu’aujourd’hui, il existe une attitude plus courante : c’est l’indifférence ou plutôt l’ignorance. On ne sait pas. On vit dans des établissements catholiques d’enseignement, mais on ne sait pas bien ce que c’est que d’être catholiques. Que faire ? Que dire ?

N’attendez pas de moi que je me plaigne et que je vous appelle à riposter et encore moins à vous refermer sur vous-mêmes, en formant des petits clubs plus ou moins élitistes. Au contraire : soyez avec les autres, comme les autres, avec les mêmes enseignements, les mêmes professeurs, les mêmes exigences de résultats scolaires. Et ne soyez pas catholiques et chrétiens par-dessus le marché, mais soyez catholiques et chrétiens à l’intérieur de ce qui est commun à tous ! Acceptez, et je le dis pour tous, et aussi pour moi-même, acceptons d’être en apprentissage, en apprentissage de ce que nous apprenons dans le domaine des études et du travail, et, en même temps, en apprentissage de Dieu, car la découverte du Dieu vivant, du Christ vivant, de l’Esprit Saint agissant, cela s’apprend, et le plus beau, c’est que cela s’apprend aussi les uns par les autres, dans les établissements scolaires, avec des amis ou avec des gens de sa famille.

Et parmi les gens de sa famille, il y a souvent des grands-parents. Parce qu’à eux, les grands-mères ou les grands-pères, on peut tout confier, parce qu’ils ont plus de temps pour écouter, et qu’il est beau de respirer près d’eux le goût de la vie, la science de la vie et de l’Amour de Dieu !

Si l’on n’a pas, dans un établissement d’enseignement catholique, goûté un peu, si peu que ce soit, la saveur de l’Amour de Dieu, et de l’amitié du Christ, et de la joie de l’Évangile, alors, il y a quelque chose qui manque. Et ce quelque chose, nous désirons tous le trouver, vous en particulier, les enseignants et les enseignantes, surtout vous qui arrivez parmi nous et qui avez besoin d’être accueillis pour faire valoir vos dons ! Nous n’allons pas vérifier que vous êtes catholiques à 150 % ! Mais, croyez-moi, nous sommes heureux d’être encouragés par vous à faire de l’enseignement catholique non pas un enseignement privé, qui se mettrait à part, selon des logiques de séparation, mais un enseignement où chaque personne est reconnue et respectée telle qu’elle est, où les plus fragiles ne sont pas mis à l’écart, mais au contraire associés au travail commun, et où des jeunes et des adultes apprennent à recevoir les uns des autres ce qu’ils ont de meilleur.

Je plaide ici publiquement pour que l’enseignement catholique se reconnaisse lui-même comme un enseignement réel, avec des normes publiques, et comme un enseignement qui repose d’abord sur des personnes et des personnes auxquelles on donne la chance de devenir chrétiennes, pas forcément en prenant des engagements catholiques, mais d’abord en croyant à l’engagement éducatif, avec tout ce qu’il implique de patience et de confiance risquée, et aussi de travail à l’intérieur de communautés éducatives. « Vous êtes le sel de la terre ! Vous êtes la lumière du monde ! » N’ayez pas peur d’être, aux côtés de l’enseignement public, et pas en rivalité avec lui, de ceux et de celles qui cherchent et qui trouvent dans la foi en Dieu des lumières pour vivre, pour aimer la vie et pour avancer dans la vie contre vents et marées !

 

+ Claude DAGENS, évêque d'Angoulême

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