Le blog de Mgr Claude DAGENS

UN HOMME TOURMENTÉ ET PASSIONNÉ POUR LE CHRIST. Homélie pour les obsèques du Père René Valtaud, le 12 juillet 2014

16 Juillet 2014 Publié dans #Homélies

UN HOMME TOURMENTÉ ET PASSIONNÉ POUR LE CHRIST. Homélie pour les obsèques du Père René Valtaud, le 12 juillet 2014

« Avancer vers Jésus dans l’abandon, la confiance et l’amour. » René Valtaud n’a pas cessé de pratiquer cette avancée vers Jésus, tout au long de sa vie. Je l’atteste, et beaucoup parmi nous peuvent aussi l’attester.

Mais cette avancée vers Jésus lui a été difficile, parfois même très difficile, très onéreuse. Non pas seulement à cause de sa sensibilité très intense, mais, beaucoup plus radicalement, à cause de ce que certains pourraient appeler sa structure psychologique et affective. Cette formule est beaucoup trop sèche. Elle ignore la complexité de l’esprit, du cœur et de la conscience d’un homme. Et aussi de son corps, car, chez René Valtaud, on voyait presque immédiatement que l’âme et l’esprit étaient chevillés à son corps, à son corps frémissant, traversé par tout ce qui l’habitait intérieurement : ses scrupules, ses remords, ses inquiétudes, ses retours en arrière, et aussi ses désirs, ses passions et ses pulsions.

Mais c’est tout cela qui le rendait si attachant et si capable de vibrer avec qui faisait vibrer les autres, à condition que les autres ne soient pas des blocs monolithiques et peu attentifs à ce qui le passionnait.

Il y avait du mystique chez cet homme tourmenté, et ce n’est pas pour rien si ses lectures se partageaient entre des romanciers comme François Mauriac ou Julien Green, et des mystiques comme Maître Eckhart, Thérèse d’Avila ou la petite Thérèse, celle de Lisieux, qu’il aimait tant, surtout quand elle évoque ses compagnes qui la prennent pour une ingénue, alors qu’elle vit la lutte de la foi en Dieu au milieu des ténèbres.

René Valtaud était ainsi, il luttait au milieu des ténèbres, les siennes, qu’il aggravait parfois en entrant dans celles des autres. Car cet homme tourmenté savait aimer, de l’amour sensible du Christ pour les publicains et les pécheurs, ou pour le condamné à mort qui se tourne vers Lui, à la dernière heure.

Et ce dialogue-là, tel que le rapporte l’Évangile de Luc, faisait certainement partie du dialogue habituel de René Valtaud avec Jésus :

« - Souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume !

- Aujourd’hui même, tu seras avec moi dans le paradis de Dieu. » (Luc 23,42-43)

René Valtaud a franchi le passage. Peut-être qu’il en était secrètement heureux. La miséricorde du Christ s’est saisie de lui, totalement et pour toujours.

Seigneur, donne à cet homme qui t’a inlassablement cherché et aimé d’entrer dans la joie immense et simple que tu nous promets, et donne-lui aussi de rester mystérieusement près de nous, surtout quand nous nous débattons avec nous-mêmes, comme lui, en espérant pourtant qu’un jour, tout sera dénoué en nous, comme pour lui, notre frère.

+ Claude DAGENS

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