Le blog de Mgr Claude DAGENS

LA RÉALITÉ CHRÉTIENNE : NON PAS UN SYSTÈME MAIS DES PERSONNES. Homélie pour la profession monastique et la consécration de Soeur Estelle, à l'abbaye de Maumont,le 29 juin 2014

30 Juin 2014 Publié dans #Homélies

La réalité chrétienne n’est jamais un système qui s’imposerait de l’extérieur. Elle est inséparable des personnes qui la découvrent, qui la connaissent, qui y croient et qui en témoignent.

Que les apôtres Pierre et Paul me pardonnent si je donne en ce jour de leur fête la priorité à Sœur Estelle, qui nous réunit à l’abbaye de Maumont où sont célébrées sa profession monastique et sa consécration.

« Reçois-moi, Seigneur, selon ta parole et je vivrai,

Ne déçois pas mon espérance ! »

Cette prière de confiance et d’abandon est très belle. Elle vient du cœur de cette jeune fille qui, après plusieurs années d’initiation, s’engage à ne rien préférer à l’amour du Christ et à se convertir en vivant la vie monastique selon la Règle de saint Benoît.

Et l’on peut comprendre que cet engagement décisif est une étape dans une existence où l’appel de Dieu s’est manifesté depuis longtemps, de Friguiagbé à Maumont, et où la vie de Sœur Estelle s’est peu à peu conformée à cet appel, et ce n’est encore qu’un début, l’entrée dans une Alliance, scellée par l’acte de consécration, à travers lequel Sœur Estelle s’abandonne au Christ pour vivre avec Lui et de Lui, et pour être parmi nous un signe personnel de son engagement à Lui, le Seigneur.

Sœur Estelle, nous participons à votre joie, partagée par vos sœurs de Maumont et aussi par votre famille et par vos amis, par ceux et celles qui vous connaissent depuis longtemps et qui comprennent que l’accomplissement d’aujourd’hui est un acte personnel qui vous greffe encore davantage sur le grand Corps du Christ.

Car on ne sait pas assez que la vie monastique, si cachée et si discrète qu’elle soit, est une forme de participation au travail de Dieu, de Dieu qui se lie à nous pour faire de nous une humanité neuve, délivrée de la peur, libre pour lutter contre tout ce qui nous enferme en nous-mêmes, à cause du Christ dont l’amour fort et fidèle est préférable à tout. S’il y a renoncement dans la vie monastique, comme dans une vie de prêtre, ce renoncement est d’abord une préférence vécue contre vents et marées, une relation indestructible et aimante avec Celui qui, le premier, nous a choisis et nous choisit.

Et s’il fallait chercher un rapprochement entre votre vie de moniale bénédictine, Sœur Estelle, et la vocation apostolique de ces hommes nommés Pierre et Paul, c’est là qu’on le trouverait : non seulement dans l’appel personnel du Christ, mais dans la participation intime à sa Pâque, comme Pierre l’apprendra peu à peu, en renonçant à ses illusions, et comme Paul le dira avec passion, alors qu’il est prisonnier à Rome :

« Tout le monde m’a abandonné. Le Seigneur, Lui, m’a assisté. Il m’a rempli de force pour que je puisse annoncer l’Évangile et le faire entendre à toutes les nations païennes. »

Il y a un certain nombre d’années, Sœur Estelle, vous avez perçu, à travers un chant, un appel à devenir apôtre. Vous ne vous êtes pas trompée. Vous participez et vous allez participer à cette métamorphose par laquelle tout de notre humanité est saisi par le Christ pour que nous communiions à sa mission de salut.

Entre les moines, les moniales et les porteurs du ministère apostolique, il a toujours existé une sorte de connivence, parce qu’il faut toujours que l’Église apprenne à ne pas se préoccuper d’elle-même, mais à se décentrer, parfois à se dépouiller, en étant résolument du Christ pour le monde, signe sensible du Christ sauveur pour ce monde dont nous partageons avec passion les incertitudes et les attentes.

Avec vos sœurs de Maumont, Sœur Estelle, soyez remerciée de vous placer vous-même et de nous placer avec vous sous le signe du Christ qui vient nous délivrer de tout ce qui nous enferme et qui nous demande de sortir de nous-mêmes et de nos petits cercles pour aller avec Lui, « chercher et sauver ce qui était perdu ».

En ce jour où des prêtres sont ordonnés dans de nombreux diocèses du monde, nous te prions, Seigneur, pour les trois hommes jeunes, qui vont entrer au séminaire de Bordeaux à la rentrée prochaine, pour le diocèse d’Angoulême. Tu nous les donnes. Ils ne sont pas le produit d’une stratégie. Et à nous tous, donne de croire que c’est toi qui pourvois aux besoins de l’Église et que rien ne peut manquer à ceux et celles qui s’abandonnent à toi !

+ Claude DAGENS

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