Le blog de Mgr Claude DAGENS

RECONNAÎTRE SA VOIX. Homélie lors de la confirmation de jeunes du lycée Saint-Paul, le 11 mai 2014, à la cathédrale d'Angoulême

12 Mai 2014 Publié dans #Homélies

RECONNAÎTRE SA VOIX. Homélie lors de la confirmation de jeunes du lycée Saint-Paul, le 11 mai 2014, à la cathédrale d'Angoulême

C’est une vraie joie pour moi, comme évêque, et sans doute pour vous tous, d’être présents ici à cause de ces jeunes qui vont franchir un seuil dans leur vie d’enfants de Dieu, en recevant le sacrement de confirmation.

Timothée, Galla, Mathilde, Clotilde, Camille (il y en a deux), Clara, Constance, Emma, Xavier, Eugénie, Bertrand et Charles.

Si vous êtes là, ce n’est pas par hasard. Et encore moins par automatisme. Vous êtes là, parce que vous avez répondu à un appel de Dieu. Cet appel est passé par des relais humains, vos parents, parfois aussi vos grands-parents, des amis ou des animateurs d’aumônerie. Mais j’atteste, à cause de vos lettres, que cet appel s’enracine dans votre relation réelle au Dieu vivant, le Père de Jésus, le donateur de l’Esprit Saint. L’une d’entre vous dit l’essentiel de votre expérience, en écrivant ceci : « Je pense qu’il est important que je dise oui à Dieu. »

J’atteste que vous êtes capables de dire oui à Dieu, parce que vous savez qu’il est possible de vivre avec Lui une sorte d’alliance, d’entrer avec Lui dans une relation vivante, où vous avez la liberté, par la prière, de lui confier tout ce qui nous réjouit et ce qui nous blesse, notre joie d’être aimé et d’aimer, et aussi, à certains moments, nos peurs, nos pertes de confiance, qui sont parfois très éprouvantes, surtout quand nous faisons face à des incompréhensions et encore plus, à la mort de personnes aimées.

Cet appel de Dieu auquel vous répondez, est-ce un rêve ? Est-ce que vous vous direz un jour que vous avez inventé vous-mêmes ce rêve, que vous avez imaginé un Dieu dont vous aviez besoin et qui serait une espèce de protecteur suprême, mais finalement irréel comme un fantôme ?

À ces questions, qui ne sont pas naïves, il y a une réponse qui porte un nom. Ce nom, c’est celui de Jésus, cet homme nommé Jésus, tel que l’apôtre Pierre l’annonce publiquement à Jérusalem le jour de la Pentecôte, et en l’annonçant, il sait qu’il prend des risques. Il s’expose, il sort de lui-même, il maîtrise sa peur. Il ne dit pas seulement le nom de Jésus, mais l’événement stupéfiant de Pâques : « Ce Jésus que vous avez crucifié, Dieu a fait de lui le Seigneur et le Christ. Il est ressuscité. Nous en sommes témoins. »

Et Pierre, alors, pour la première fois, sait du plus profond de lui-même que cette belle et forte profession de foi l’engage. Il se compromet en annonçant Jésus ressuscité.

Cela, nous l’avons oublié. Nous avons pensé que le catholicisme était installé pour toujours dans notre pays, dans nos nations européennes et qu’il suffisait d’en recueillir l’héritage. D’être seulement des héritiers d’un passé magnifique, et parfois aussi violent.

Eh bien non ! Nous sommes appelés aujourd’hui à sortir de nos illusions. Être chrétien, devenir chrétiens, disciples du Christ, cela nous engage. Ce n’est pas un vernis superficiel. C’est un acte d’alliance et d’abord d’alliance avec le Christ vivant, dont nous pouvons reconnaître la voix. Reconnaître sa voix. C’est cela que Jésus fait comprendre à ses disciples, en employant la belle image du berger. « Ses brebis écoutent sa voix, elles connaissent sa voix, elles ne reconnaissent pas la voix des inconnus », de ces voleurs et de ces bandits qui viennent à nous de façon plus ou moins clandestine, pour proposer de la drogue ou des alcools divers, et qui cherchent à séduire. « Consommez, buvez, fumez, vous verrez ! »

Mais ces voleurs, on les reconnait à leur voix, et pas seulement pour les ventes de cannabis ou d’autres substances, mais quand ils nous incitent à faire bande à part, à mentir, à ne plus vivre dans la confiance.

Jésus, Lui, ne cherche jamais à séduire, ni à conquérir. Lui, il s’adresse toujours à notre liberté, à notre conscience, à notre cœur. « Venez et voyez ! » Apprenons à le connaître, Lui, le Ressuscité, qui s’approche de nous, qui ouvre le chemin, qui déblaie le chemin et qui va, s’il le faut, à la recherche de la brebis perdue.

La voix du Christ Jésus, c’est la voix de Celui qui a pris parti pour nous et qui vient dégager les passages difficiles, qui ouvre la porte, qui tient la porte de la bergerie ouverte, et qui ne se lasse pas d’espérer et d’attendre.

Il y a de la violence dans le monde, des hommes qui ne viennent que pour « voler, égorger et détruire ». Il y a le mal et le Malin, sous bien des formes. Mais nous, qui nous disons disciples de Jésus, nous sommes appelés à ouvrir des portes, à ouvrir des chemins, pour qu’aucun enfant de Dieu ne désespère de lui-même, pour que personne ne se sente oublié ou perdu…

Le pape François le sait et le dit : il nous demande de former cette Église qui témoigne de la bonté du bon Pasteur et qui ne se lasse jamais de miser sur ce qu’il y a de meilleur dans les cœurs et les consciences des hommes. L’Esprit anime ce travail : il est l’Avocat, le Défenseur, le Conseiller et, s’il le faut, le Consolateur.

Vous, les jeunes, vous allez le recevoir ! Accueillez-le vraiment ! Et encouragez-nous à le réveiller en nous, les adultes, à le laisser agir davantage pour faire de nous non pas des croyants habitués mais des pratiquants de l’Évangile, des disciples du Pasteur qui veille sur chacune de ses brebis, et les plus perdues sont ses préférées !

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

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