Le blog de Mgr Claude DAGENS

LA BASILIQUE SAINT-PIERRE N'EST PAS LE PANTHÉON. Pèlerinage et Eucharistie à Aizecq, chez saint Pierre Aumaître, le 1er mai 2014

5 Mai 2014 Publié dans #Homélies

LA BASILIQUE SAINT-PIERRE N'EST PAS LE PANTHÉON. Pèlerinage et Eucharistie à Aizecq, chez saint Pierre Aumaître, le 1er mai 2014

Nous voici rassemblés à Aizecq, en Charente, chez notre frère Pierre Aumaître, saint Pierre Aumaître, né ici et mort en Corée, à 29 ans.

Notre rassemblement est évidemment un acte de mémoire : nous savons, de source sûre, qu’ici, Pierre Aumaître a grandi, qu’il a marché, qu’il a couru, qu’il a dû garder des troupeaux de vaches ou de moutons, et aussi qu’il a appris à devenir disciple de Jésus, et qu’il a choisi de devenir prêtre. Et le chemin va s’ouvrir : Petit Séminaire à Richemont, Grand Séminaire à Angoulême et puis le départ pour Paris, aux Missions étrangères, devant ses parents désemparés, et puis l’ordination sacerdotale, le départ pour l’Asie et les brèves années d’évangélisation près de Séoul, avant l’arrestation, la mort et la décapitation. Une vie brève et qui finit mal.

Mais alors tout commence, et c’est pourquoi notre rassemblement n’est pas seulement un acte de mémoire, c’est un acte de foi, nous nous ouvrons ici au mystère de Dieu et nous reconnaissons que Pierre Aumaître, avec bien d’autres, est pour nous un signe de Dieu. Nous croyons, sans le voir, que cet homme mort si jeune est lié à nous, non pas d’une façon imaginaire, mais dans et par le Christ mort et ressuscité.

Il nous est présent en Lui, le Seigneur ! Il fait partie de cette foule immense, de toute nation et de toute langue, qui se tient debout devant l’Agneau, devant le Christ qui se livre à nous. Les hommes et les femmes qui composent cette foule chantent la gloire du Dieu vivant, ils ont lavé leurs vêtements dans le sang de l’Agneau, ils vivent de cette vie nouvelle que nous ne pouvons pas nous représenter, parce qu’elle ne s’évalue pas selon les catégories du monde, mais selon la puissance sans mesure de l’Amour de Dieu.

Il faut passer par le Christ et par la foi au Christ de la Croix et de la gloire pour percevoir un peu de cette vie nouvelle que Jésus lui-même évoque pour ses disciples avant de les quitter, en priant le Père qui l’a envoyé :

« Père, je veux que là où je suis, ceux que tu m’as donnés soient eux aussi avec moi et qu’ils contemplent la gloire que tu m’as donnée, car tu m’as aimé dès avant la fondation du monde. » (Jean 17,24)

Et voilà que s’ouvre, avant même la Passion de Jésus, la profondeur de Dieu, ce rayonnement inimaginable de l’Amour du Père qui rayonne sur le visage du Fils et qui veut se diffuser parmi nous et en nous, par la force de l’Esprit Saint.

Et, de fait, il y a une disproportion formidable entre la brièveté de la vie de Pierre Aumaître et de ses compagnons, et l’ampleur de ce rayonnement de la lumière et de l’Amour de Dieu. Le Christ, à travers Pierre Aumaître, nous attire à Lui, nous appelle à nous fier à Lui en lui confiant tout ce que nous portons en nous. La sainteté n’est pas un spectacle. Elle est un don de Dieu. Elle crée des relations nouvelles. Elle oblige presque à ressentir cette force de résurrection dont le Christ est la source et qui veut se répandre en nous.

Dimanche dernier, à Rome, deux nouveaux saints ont été proclamés devant la basilique Saint-Pierre, par le pape François, Jean XXIII et Jean-Paul II, deux hommes très différents par leur caractère, mais reliés intimement par la façon dont ils ont suivi et servi le Christ.

Et, bien entendu, il était bon que cette célébration ait lieu devant la basilique Saint-Pierre, à ciel ouvert, à terre ouverte, pour reconnaître que les saints, vivants dans la lumière de Dieu, nous appellent à aller au large et à vivre la joie de l’Évangile, en formant avec eux une Église qui soigne les blessures et qui réchauffe les cœurs.

Et là-bas, à Rome, derrière la façade de la basilique Saint-Pierre, il n’y a pas seulement les tombeaux des ancêtres, même si les ancêtres sont très importants, il y a des restes humains qui attendent la Résurrection. On ne va pas prier devant les tombes de Jean XXIII et de Jean-Paul II et surtout de saint Pierre, le premier des apôtres, comme l’on va se recueillir, à Paris, au Panthéon, devant les tombes de Voltaire, de Rousseau, des maréchaux de l’Empire ou des héros de la Résistance.

On vient pour se plonger dans l’histoire vive de la foi, dans ce courant ininterrompu qui traverse et anime notre pauvre et sainte humanité. Les saints plongent dans ce courant. Ils se sont laissés emporter par lui et ils viennent à nous pour que nous aussi, nous n’ayons pas peur de faire le plongeon, et de chanter la gloire de Dieu : « Amen, louange, gloire, sagesse, action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu pour les siècles des siècles. Amen ! » (Apocalypse 7,12)

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

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