Le blog de Mgr Claude DAGENS

CE QUI MANQUE À L’EUROPE, C’EST LA CONFIANCE

12 Mai 2014 Publié dans #Edito Église d'Angoulême

CE QUI MANQUE À L’EUROPE, C’EST LA CONFIANCE

De l’Europe industrielle à l’Europe monétaire : une construction permanente

L’Union européenne comprend 28 pays, avec 380 millions d’électeurs appelés du 22 au 25 mai 2014 à élire 751 députés qui les représenteront au Parlement de Strasbourg.

Cette Union de l’Europe, qui porta d’abord le beau nom de Communauté, passe par une histoire déjà longue, traversée de crises de croissance et marquée aujourd’hui par l’incertitude.

Mieux vaut commencer par le réalisme : du point de vue de sa puissance économique, l’Europe est aujourd’hui concurrencée non seulement par les États-Unis, mais aussi par les pays dits émergents (la Chine, l’Inde et le Brésil).

Mais le réalisme n’exclut pas l’ambition : la belle ambition de constituer un pôle de vie démocratique, de fortes traditions culturelles et spirituelles, d’engagements au service de la paix, dans un monde devenu multipolaire.

Et puis, il faut réveiller notre mémoire : pour les Pays baltes et la Pologne, libérés du joug soviétique après 1991, et d’abord pour l’Espagne et pour le Portugal, longtemps gouvernés par des régimes autoritaires, l’Europe a constitué un grand espoir politique et économique.

Nous l’oublions trop facilement : nos démocraties demandent un travail permanent d’éducation. Les formes actuelles de populisme, qui opposent le peuple aux élites dirigeantes, refusent ce travail. Méfions-nous de ces discours basés sur le soupçon et la peur !

Et souvenons-nous que, pour exister comme Union, l’Europe a dû vaincre beaucoup d’obstacles. Il fallut la volonté de ses chefs politiques, au lendemain de la guerre (le Français Robert Schuman, l’Italien Alcide de Gasperi, l’Allemand Konrad Adenauer et le Belge Paul-Henri Spaak) pour engager des travaux communs de reconstruction industrielle (la Communauté du charbon et de l’acier), en attendant le Marché commun et l’Union monétaire.

L’Europe est en état de construction permanente. Ceux qui rêvent d’un système achevé ou qui voudraient se replier sur les souverainetés nationales ignorent la réalité. Qu’ils se rappellent aussi que la construction de l’Europe passe par des hommes qui se comprennent : De Gaulle et Adenauer, Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt, François Mitterrand et Helmut Kohl, et bien d’autres, à d’autres niveaux !

Des examens de conscience nécessaires

Ce qui manque aujourd’hui à l’Europe, c’est la confiance. Non pas la confiance pour la confiance, mais la confiance qui permet d’oser des examens de conscience réalistes : d’où venons-nous ? Que voulons-nous pour nos sociétés démocratiques si nous ne voulons pas qu’elles soient livrées à la seule logique des marchés financiers sans contrôle ou des concurrences effrénées ?

Ce qui manque à l’Europe, c’est la confiance qui lui permettrait de se savoir et de se vouloir ouverte à tous les peuples du monde, parce que cette capacité d’accueillir ce qui vient d’ailleurs, c’est ce qui fait depuis longtemps la spécificité de l’Europe. De l’Empire romain au Saint Empire romain germanique, l’Europe ne s’est pas affirmée contre les autres. Elle a su, parce que c’est son charisme, pratiquer en elle-même l’alliance des nations qui la composent et, en même temps, l’alliance de l’humain et du divin, de ce qui s’enracine dans nos terres et de ce qui est donné d’en haut, non pas par un souverain triomphant, mais par un serviteur qui se donne. Un jour, il faudra méditer à nouveau sur ces racines chrétiennes de l’Europe, qui ne sont pas liées à des valeurs dites traditionnelles, mais à la personne du Christ Jésus, lui qui ne se lasse pas de venir « prendre chair » et « habiter parmi nous » (Jean 1,14).

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

Le 5 mai 2014

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