Le blog de Mgr Claude DAGENS

FORMER UNE EGLISE MILITANTE - homélie de la Messe chrismale

17 Avril 2014

Frères et sœurs,

C’est une joie, ce soir, de nous voir et de nous savoir réellement reliés les uns aux autres dans le Christ, comme les sarments à la vigne. Avec un avertissement sévère : nous ne pouvons pas nous résigner à être stériles. Les sarments desséchés, on les coupe. Car il faut que la vigne vive.

Et elle vit à partir du Christ Jésus. Lui est vivant et surtout, il désire que sa vie passe par nous sans cesse, par nos corps, par nos cœurs, par nos relations humaines, par nos amitiés et nos amours, par tout ce qui constitue notre humanité d’hommes et de femmes devenus ses disciples et ses témoins.

Les catéchumènes savent cela : ils désirent être greffés sur le Christ par le sacrement du baptême.

Et aussi les malades, quand ils reçoivent le sacrement qui leur donne de vivre leurs souffrances et leurs luttes avec le Christ.

Et aussi les confirmés – ces derniers mois, j’ai célébré neuf fois, dans neuf paroisses différentes ce sacrement qui donne à des jeunes et à des adultes de se savoir animés par la force douce de l’Esprit Saint, le conseiller et le consolateur.

Et les huiles saintes, tout à l’heure, seront bénies pour que nos corps soient touchés par la puissance du Christ et que notre appartenance au Christ ne soit pas un sentiment vague ou une vague appartenance, mais une relation charnelle, sensible, inscrite durablement dans notre humanité.

Et si le Christ Jésus s’engage ainsi à passer par nous pour se manifester dans le monde, il est normal que nous, les ministres du Christ, prêtres, diacres et évêque nous renouvelions notre engagement à nous laisser façonner et transformer par le Seigneur, en nous situant résolument à l’intérieur du peuple de Dieu et de sa sainteté commune, comme le pape François l’évoquait récemment avec son réalisme habituel.

« Je vois la sainteté du peuple de Dieu dans sa patience : une femme qui fera grandir ses enfants, un homme qui travaille pour apporter le pain à la maison (et croyez-moi, pour des personnes en difficulté, ce n’est pas une formule facile), les malades, les vieux prêtres qui ont tant de blessures, mais qui ont le sourire par ce qu’ils ont servi le Seigneur, les sœurs qui travaillent tellement et qui ont une sainteté cachée. Cela est pour moi la sainteté commune. J’associe souvent la sainteté à la patience : pas seulement la patience de supporter des évènements et des circonstances de la vie, mais aussi la constance dans le fait d’aller de l’avant, jour après jour. C’est cela la sainteté de l’Eglise militante dont parle aussi saint Ignace ».

C’est cela que je nous souhaite pour les temps qui viennent. Former davantage une Eglise militante, alors que la vertu de militance est très affaiblie dans notre société où s’expriment d’abord des demandes et des revendications individuelles et où le souci du bien commun est rarement premier.

Une Eglise qui milite non pas en organisant des cortèges, mais en s’engageant pour la cause du Christ sauveur et en luttant, à cause du Christ, pour que la dignité de tout être humain, à commencer par les plus vulnérables et les plus humiliés, soit reconnue et défendue d’une façon intransigeante.

Car il y a une intransigeance dans la charité chrétienne qui ne cherche pas à se faire valoir, mais qui ne renonce jamais à montrer qu’entre la cause du Dieu vivant qui s’est fait homme et la cause des êtres humains, il y a une relation intime et personnelle.

Je ne voudrais pas que notre Eglise catholique soit assimilée à un groupe de pression, plus ou moins adepte de méthodes sectaires. Je souhaite que notre Eglise apprenne à être avant tout le corps du Christ, où l’on s’encourage, comme l’a demandé le pape François, à « pratiquer la mystique du vivre ensemble », à se mélanger, à se soutenir, à participer à cette marée un peu chaotique qui peut se transformer en une véritable expérience de fraternité et en une caravane solidaire en un saint pèlerinage ».(Evangelii gaudium, 87).

Je sais bien qu’il faut s’entendre sur les lieux et les heures des messes du samedi et du dimanche, sur le renouvellement des équipes d’animation pastorale, sur la répartition des charges à l’intérieur d’une paroisse ou d’un doyenné. Mais je vous en supplie, que les problèmes de fonctionnement ne soient jamais notre seul horizon, sinon l’Eglise devient à elle-même son propre but et elle s’interdit de devenir dans le monde le « sacrement du Christ », le signe et l’instrument de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain !

Nous avons de la chance de former en Charente cette Eglise vivante qui donne la priorité à l’initiation chrétienne, qui se prépare à vivre le 18 mai prochain un grand rassemblement sous le signe de l’éveil à la foi des enfants et qui apprend aussi à percevoir des appels de Dieu qui passent par des rencontres inattendues.

Si je peux faire appel à ma propre expérience durant ces derniers mois, je vous assure qu’il suffit d’être là, et de veiller aux côtés de Jésus pour que des personnes nouvelles, souvent des jeunes, viennent nous dire que le monde actuel, quand il est dominé par des logiques et des calculs marchands, ne les satisfait pas et qu’il y a du côté de la Révélation chrétienne beaucoup de sources encore inexploitées d’intelligence, de vie, de fraternité et d’espérance !

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