Le blog de Mgr Claude DAGENS

"NE VOUS FAITES PAS TANT DE SOUCI !" Eucharistie à Montemboeuf, le 2 mars 2014, pour la visite pastorale du secteur

3 Mars 2014 Publié dans #Homélies

"NE VOUS FAITES PAS TANT DE SOUCI !" Eucharistie à Montemboeuf, le 2 mars 2014, pour la visite pastorale du secteur

« Hommes de peu de foi, ne vous faites pas tant de souci, ne dites pas : “Qu’allons-nous manger ?” ou bien : “Qu’allons-nous boire ?” ou encore : “Avec quoi nous habiller ?” Tout cela les païens le recherchent. Mais votre Père des cieux sait que vous en avez besoin. Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. »

Photo Charente libre

Nous avons le droit de nous étonner de ces avertissements de Jésus. Pour au moins deux raisons : d’abord parce que Jésus, lui, sait très bien qu’il faut donner à manger à ceux qui ont faim – et c’est pourquoi il a multiplié des pains pour nourrir des foules affamées – et donner à boire à ceux qui ont soif, surtout quand le vin manque pour des noces, comme à Cana, en Galilée, et Jésus a alors changé l’eau en vin.

Ou bien faudrait-il penser que la foi en Dieu nous permettrait d’être insouciants, en nous dispensant de prévoir ce que nous devons décider, penser, organiser. Les chrétiens seraient-ils condamnés à être des rêveurs qui méprisent les réalités et les contraintes de la vie ordinaire ?

Hier, je suis venu rencontrer des exploitants agricoles de ce secteur de Charente limousine. À Montembœuf, à Lésignac-Durand, à Verneuil, j’ai vu et entendu des hommes et des femmes me dire leurs espoirs et leurs soucis pour l’avenir. J’ai admiré leur courage, leur ténacité, leur volonté de vivre et de faire vivre leurs exploitations.

Mais il m’est impossible de leur recommander l’insouciance en leur faisant croire que la foi en Dieu serait la solution à tous leurs problèmes. Alors, comment entendre de façon réaliste chacune des paroles de Jésus, y compris celle qui nous demande de ne pas faire de l’Argent une idole dont nous serions les adorateurs ? Entendons bien la parole essentielle : « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice. » L’important est dans l’insistance du mot « d’abord ». Il y a ce qui est le plus important, et ce qui est moins important. Et le plus important, c’est de ne pas être vaincus par notre souci du lendemain, de rester libres par rapport au lendemain puisque « demain se souciera de lui-même et qu’à chaque jour suffit sa peine. »

Et surtout que le Royaume de Dieu et sa justice, ce n’est pas un conte de fées, c’est une réalité qui vient de Dieu et qui nous est donnée. Le Royaume de Dieu est au milieu de nous, car le Royaume de Dieu, c’est le Christ Jésus, qui promet d’être avec nous et même de faire de nous sa demeure, si nous l’accueillons.

Une personne rencontrée hier soir me le confiait presque en secret. Lorsque, plusieurs années après la mort de son mari, elle a dû vendre sa propriété et ses vaches, alors qu’elle avait peur de ce qui l’attendait, elle a vu que, par sa confiance et par sa prière, elle parvenait à franchir ce cap très difficile, elle n’était plus seule, livrée à son souci et à ses peurs, son attitude de croyante n’était pas un leurre. Au milieu même de ses soucis, elle était conduite par Quelqu’un, par ce Père des cieux qui désire qu’aucun de ses enfants ne soit perdu.

Il ne s’agit plus alors d’évacuer le souci du lendemain, il s’agit de vivre l’aujourd’hui de Dieu, de pratiquer l’ouverture à ce Royaume qui vient du Père des cieux et qui prend forme dans l’acte même par lequel nous nous abandonnons à Lui.

Si cela se réalise en nous, alors nous pourrons comprendre quelle est notre place dans notre société si incertaine, et parfois si inquiète : nous n’avons pas à pencher du côté de l’optimisme, ou du côté du pessimisme, nous sommes appelés à lutter contre la résignation et à laisser Dieu, à laisser le Christ passer par nous et faire de nous des signes de sa présence et de son Alliance, et tant mieux si, au milieu des peurs ambiantes, nous témoignons de son ancrage dans sa fidélité à Lui ! Oui, nous sommes peut-être secoués, mais nous ne faiblissons pas ; nous sommes parfois déstabilisés, mais nous gardons confiance. Nous sommes, à partir de notre baptême et pour certains, de notre ordination, les intendants des mystères de Dieu. Ce n’est pas seulement l’avenir du monde, ni même de l’Église, qui nous préoccupe. C’est l’engagement de Dieu, dans le présent de notre monde, et notre victoire sur la peur.

Dans ce monde rural qui connaît de très profondes métamorphoses, nous ne rêvons pas de solutions miraculeuses, mais nous tenons notre place de veilleurs, et nous le faisons d’une manière fraternelle, parce que les temps que nous vivons appellent à un réveil de cette fraternité réelle, dont l’Eucharistie est la source.

+ Claude DAGENS

Partager cet article

Repost 0