Le blog de Mgr Claude DAGENS

LA TACTIQUE DU DIABLE. Éditorial d' "Église d'Angoulême", du 9 mars 2014

6 Mars 2014 Publié dans #Edito Église d'Angoulême

 

Un monde sans amour, c’est l’enfer

« Il n’y a pas d’amour ! Il n’y a pas d’amour ! » Ce cri désespéré éclate à la fin de la pièce de Bernard-Marie Koltès, Dans la solitude des champs de coton. Deux hommes se font face : un vendeur de drogue, un « dealer », et son client. C’est ce client qui pousse ce cri désespéré. « Il n’y a pas d’amour » veut dire que les hommes sont condamnés à des rapports de forces et de violences, à des relations destructrices. Mais ce cri terrible exprime ce que beaucoup pensent tout bas et que le psaume 52 dit à sa manière :

« Dans son cœur, l’insensé déclare : “Pas de dieu !”

Tout est corrompu, abominable, pas un homme de bien…

Tous ils sont pervertis, tous ensemble corrompus,

Pas un homme de bien, pas même un seul. »

Cette vision totalement négative du monde, ce sentiment de la toute-puissance du mal, nous l’éprouvons parfois, lorsque les logiques de domination et de soumission sont les plus fortes, lorsque règnent le mensonge et la peur, lorsque les lois d’un marché sans contrôle sont la règle des relations humaines, aussi bien dans le domaine de l’économie que dans celui de la sexualité.

Cela s’appelle l’enfer, car l’enfer est ce monde où l’amour est impossible, et c’est alors le désespoir qui menace, sous des dehors parfois distingués de cynisme ou d’intelligence froide. C’est ce que dira le jeune curé de campagne de Bernanos à la comtesse, cette femme enfermée dans sa révolte contre Dieu : « L’enfer, Madame, c’est de ne plus aimer ».

 

« Le Prince du mensonge »

Au premier dimanche de Carême, nous allons écouter le récit de la tentation de Jésus au désert, dans l’Évangile de Matthieu. L’Adversaire est là et il va enfermer Jésus dans un piège.

« - Si tu es le Fils de Dieu, change ces pierres en pains ! »

« - Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi du haut du Temple ! »

« - Si tu veux régner sur le monde, adore-moi ! » (cf. Matthieu 4, 3.6.9)

Le Tentateur cherche à séduire Jésus à partir de ce qui est constitutif de sa mission : nourrir des foules affamées, vaincre la mort, inaugurer le Royaume de Dieu. Mais ce séducteur est surtout un menteur. Il s’oppose à la Vérité de Dieu en suggérant à Jésus de régner sur le monde par les moyens du monde. Jésus refuse : le pain, il le rompra pour en faire le signe de sa vie donnée, la mort, il l’affrontera avec la force du pardon, le Royaume de Dieu, il en posera les fondements en appelant ses disciples à aimer leurs ennemis, comme Lui.

C’est un retournement radical de ce qui lui était proposé par le « Prince du mensonge ». Mais la tactique du diable est tentante. Certains l’appliquent plus ou moins consciemment, comme je l’ai vu récemment, en consultant sur ma tablette le site de l’Association pour le progrès du management (APM). Au cours de la Convention nationale de cette association, un atelier était consacré à ce thème : « Comment la conformité à la loi tue l’entreprenariat », et l’on demandait aux chefs d’entreprises présents de « se confesser les uns aux autres » pour dire comment ils mentaient en transgressant les lois, à partir du principe selon lequel « Quand il y a une loi, il y a transgression ». Qu’il faille libérer les entreprises des contraintes qui les enserrent, je le comprends. Mais que l’on fasse du mensonge une pratique normative, cela me choque.

Le monde nouveau que vient créer le Christ n’est pas fondé sur le mensonge, mais sur la Vérité de Dieu révélée en Jésus, et c’est une vérité aimante qui désarme l’Adversaire. « Il n’y a pas d’amour » est un mensonge. C’est l’Amour fou du Christ qui a le dernier mot, à travers la Croix.

 

                                                                                                                + Claude DAGENS

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