Le blog de Mgr Claude DAGENS

UN GRAND PAS POUR L'UNITÉ DES CHRÉTIENS. Entretien avec Mgr Dagens sur sa rencontre avec le patriarche Bartholomée Ier, le 28 janvier 2014

6 Février 2014 Publié dans #Interviews

UN GRAND PAS POUR L'UNITÉ DES CHRÉTIENS. Entretien avec Mgr Dagens sur sa rencontre avec le patriarche Bartholomée Ier, le 28 janvier 2014

Du 28 au 30 janvier, le patriarche de Constantinople, Bartholomée Ier, a effectué une visite officielle en France, commençant par l’Institut de France. Mgr Dagens l’a accueilli au nom de l’Académie française. Il partage ses impressions sur cette rencontre.

Denis Charbonnier : Le 28 janvier, l’Académie des sciences morales et politiques vous avait invité à intervenir devant le patriarche de Constantinople ?

Mgr Dagens : En effet, cette Académie avait organisé une rencontre afin de commémorer le 1700e anniversaire de l’édit de Milan, édit de tolérance à l’égard des chrétiens, promulgué par l’empereur Constantin, en 313, après sa conversion au christianisme. Mais en 1054, intervient une rupture entre les Églises de Rome et de Constantinople. Le patriarche de Constantinople est actuellement Bartholomée Ier, qui m’a reçu voici quelques années chez lui. Il représente cette très grande Église orthodoxe, répandue notamment en Europe de l’Est, au Moyen Orient, en Amérique du Sud et aussi en Europe occidentale. Il a ainsi effectué une visite officielle en France et son représentant en France et en Europe occidentale, le métropolite Emmanuel, a tenu à ce qu’il soit d’abord reçu par l’Institut de France, dont fait partie l’Académie française, la principale des cinq Académies.

D. C. : Comment s’est déroulée cette rencontre ?

Mgr D. : Après une introduction par le président de l’Académie des sciences morales et politiques, le patriarche a poursuivi par une longue méditation. Puis, nous étions quatre à intervenir, moi-même représentant l’Académie française. Ensuite, j’étais invité à déjeuner à la nonciature, avec une dizaine de personnes. J’ai été très heureux de dialoguer avec le patriarche, avec le nonce, ainsi qu’avec le cardinal Vingt-Trois.

D. C. : Quel était le sujet de votre intervention à l’Institut ?

Mgr D. : J’ai fait un exposé à la fois historique et théologique. J’ai expliqué que la conversion de l’empire païen au christianisme a été un processus très lent, qui se déroule tout au long du IVe siècle. J’ai parlé comme historien mais aussi comme un pasteur, en évoquant la pratique complexe, quelquefois difficile, étonnante, de la laïcité à la française, tout en expliquant que nous sommes, par rapport aux religions, devant un phénomène très contrasté. D’un côté, les religions sont marginalisées, parfois méprisées. Parfois aussi, on fait appel à elles pour être des liens de solidarité ou de mémoire.

D. C. : Ces rencontres favorisent certainement l’œcuménisme ?

Mgr D. : Nous désirons très fortement l’union de nos Églises, avec les orthodoxes de Constantinople et de Moscou. Nous partageons grosso modo la même foi, les mêmes sacrements, mais l’histoire a provoqué des séparations et des blessures qui demeurent. Toutefois, des signes parlent. En 1964, lors de sa visite en Terre Sainte, Paul VI a rencontré le patriarche de Constantinople, Athénagoras, à Jérusalem. Ce signe constitue comme un prélude à la réconciliation que nous désirons. En mai prochain, le patriarche Bartholomée ira à Jérusalem et rencontrera le pape François. Comment ne pas penser à la prière que le Christ adresse au Père, lors du dernier repas : « Je prie pour qu’ils soient un comme nous sommes un, toi en moi et moi en eux » ? Que le Christ nous réunisse ! La visite du patriarche Bartholomée à Paris est une étape vers d’autres étapes de réconciliation et de communion que nous désirons !

Dans le domaine de l’œcuménisme, nous connaissons moins bien les orthodoxes que les protestants. Nous partageons pourtant la même foi. Il faut donc, « oubliant le chemin parcouru », comme dit l’apôtre Paul, que nous allions de l’avant pour qu’un jour nous puissions partager le même corps du Christ, lors de l’Eucharistie, et élever vers Dieu le même calice du sang du Christ, qui est venu, qui vient nous réconcilier.

D. C. : Que dire de l’interreligieux ?

Mgr D. : Cela signifie le dialogue, la rencontre, la connaissance mutuelle des religions non chrétiennes. Les Juifs sont nos frères aînés. Nous partageons la même Parole de Dieu, l’Ancien Testament, mais c’est la première Alliance : Abraham, Moïse, les prophètes. Mais la deuxième religion pratiquée en France est l’islam, avec 4 ou 5 millions de personnes. Nous avons besoin, comme dit le pape François, de pratiquer la rencontre avec ces personnes dont certaines deviennent des amies. L’interreligieux est le fait de se rencontrer de manière habituelle : par exemple, des relations de voisinage ou des partages de notre expérience de prière.

D.C. : Mais cela participe du même respect ?

Mgr D. : Je vous remercie de prononcer ce mot : « respect », qui a des racines à la fois chrétiennes et laïques. « Respect » signifie se tenir à la bonne distance des autres et ne jamais les considérer comme des objets, ni comme des moyens, mais comme des personnes porteuses d’une transcendance, à cause de leur dignité humaine.

La rencontre du 28 janvier, au cours de laquelle il était très beau de plonger dans un climat d’amitié, en est un bel exemple. Je suis sûr que beaucoup de personnes présentes diffuseront cet esprit de confiance et d’amitié que nous avons respiré pendant un moment.

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