Le blog de Mgr Claude DAGENS

DEVENIR DES CROYANTS AU DIEU DE JÉSUS CHRIST. Homélie lors de l'Eucharistie pour la fête de saint Hilaire, à Poitiers, le 12 janvier 2014

13 Janvier 2014 Publié dans #Homélies

DEVENIR DES CROYANTS AU DIEU DE JÉSUS CHRIST. Homélie lors de l'Eucharistie pour la fête de saint Hilaire, à Poitiers, le 12 janvier 2014

Que saint Hilaire me pardonne si je n’ai pas retenu les textes qui sont prévus pour sa fête et si j’ai préféré garder la Parole de Dieu de ce dimanche qui n’est pas si ordinaire que cela, puisqu’il nous place, au début d’une année nouvelle, devant la nouveauté du Dieu vivant qui fait alliance avec nous.

La nouveauté du Dieu vivant : le prophète Isaïe l’annonce, en évoquant la promesse de Dieu d’envoyer à son peuple non pas un Chef triomphant, mais un Serviteur qui libère, un Serviteur humble et fort qui n’éteint jamais la mèche encore allumée et qui ouvre les yeux des aveugles.

La nouveauté du Dieu vivant : c’est à elle que l’apôtre Pierre va se convertir une fois de plus, en acceptant à Césarée de baptiser des païens ! Des païens marqués du signe de Jésus Christ : quel événement pour des fidèles de la Tradition juive !

La nouveauté du Dieu vivant se révèle aussi à travers l’événement qui s’accomplit dans les eaux du Jourdain quand Jésus se présente à Jean et reçoit son baptême, et se trouve alors manifesté au monde par une Parole qui vient du ciel ouvert, du Père créateur du monde : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : en lui j’ai mis tout mon amour. » Qui donc est Dieu pour se livrer ainsi à nous en cet homme qui est son Fils et qui se met du côté des pécheurs ?

Il est facile de relier cette parole à la théologie d’Hilaire qui, étant devenu chrétien en découvrant le Prologue de l’Évangile de Jean, n’a pas cessé de lutter pour que soit reconnue, contre vents et marées, cette Révélation du Fils qui est de même substance que le Père et qui naît de notre chair ?

Mais c’est d’un combat qu’il s’agit, d’un combat non pas pour s’imposer au monde, mais pour être fidèles à la Vérité de Dieu, en commençant par comprendre nous-mêmes que les temps ont changé et qu’il ne suffit plus de prononcer le nom de Dieu pour que tout le monde se rallie spontanément à la Révélation chrétienne de Dieu.

Nous sommes appelés à être des croyants au Dieu de Jésus Christ dans une société qui n’est plus chrétienne, mais qui fait parfois comme si elle l’était encore. De sorte que le nom même de Dieu provoque souvent des réactions préfabriquées, soit qu’on le trouve trop absent et qu’on lui reproche son inertie, soit qu’on le trouve trop souffrant et qu’on lui reproche sa faiblesse !

Mais il ne faut pas trop nous plaindre, parce que ces récriminations faciles dissimulent souvent de véritables attentes spirituelles, sur un fond d’ignorance qui ne s’avoue pas.

Il s’agit d’apprendre nous-mêmes à être disciples du Christ Jésus, du Christ pour le monde, à la manière du Christ d’Emmaüs, comme le disait le pape François en juillet dernier aux évêques du Brésil : devenir, au nom du Christ, une Église qui apprend à accompagner les autres dans leur nuit, à comprendre pourquoi ils ont quitté Jérusalem, leur patrie spirituelle, et comment ils peuvent avancer vers la lumière du Christ, si l’Église est pour eux celle qui réchauffe les cœurs et qui soigne les blessures, avant d’être celle qui régenterait les mœurs.

Frères et sœurs, il nous est bon, avec le pape François, de consentir à ce renouvellement de notre foi et de notre vie chrétiennes, en ne rêvant pas de certitudes ou de sécurités absolues, mais en acceptant la foi chrétienne en Dieu comme une épreuve qui nous renouvelle, surtout lorsque nous rencontrons des hommes et des femmes, qui, sous des dehors d’indifférence ou même de refus, devinent que « Dieu, Lui, ne fait pas de différence entre les hommes, mais qu’il accueille ceux qui le cherchent et qui font ce qui est juste. »

Je sais que la culture ambiante annonce l’effacement du christianisme et l’extinction de l’Église. Je n’en crois rien. Je crois au contraire – et parfois je le vois, aussi bien quand je donne le sacrement de confirmation à des jeunes et à des adultes qui savent, comme par expérience, que la foi en Dieu est une force pour vivre, que chaque semaine à l’Académie française à travers ceux et celles qui sont les moins familiers de la Tradition chrétienne – je crois que nous vivons, souvent sans le savoir, un temps de renaissance pour la foi et la charité chrétiennes.

Je dis bien pour les deux, car il ne servirait à rien d’affirmer la nouveauté de la foi et de laisser tomber le commandement nouveau donné par le Serviteur de Dieu, Jésus, qui vient dans le monde non pas pour le condamner, mais pour le ressaisir et le renouveler du dedans.

Il ne servirait à rien de rêver d’une Église qui défendrait le noyau dur de la foi catholique reçue des apôtres, en oubliant que ce noyau est d’abord le rayonnement du cœur de Dieu, ce Père qui a mis tout son amour dans son Fils.

Frères et sœurs, nous sommes appelés à repartir sans cesse de ce cœur de Dieu, comme l’a compris Hilaire à Poitiers, en refusant de former des « clubs » catholiques qui se replieraient sur eux-mêmes, mais en apprenant à nous laisser nous-mêmes ressaisir par Lui, Jésus, qui veut passer par nous pour faire du bien à tous.

Que vive en nous la joie de l’Évangile, la joie de devenir des disciples de Jésus, le Fils bien-aimé du Père, notre Seigneur et notre frère !

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

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